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Interview 27 février 2021, 14:00

Alexia Barrier : "Une fierté de terminer mon premier Vendée Globe"

Alexia Barrier : "Une fierté de terminer mon premier Vendée Globe"
Elle est attendue ce dimanche dans le chenal des Sables-d'Olonne, pour boucler son premier Vendée Globe. Après plus de trois mois de périple, la fidèle supportrice des Rouge et Blanc a pris le temps de regarder dans le rétro, à quelques heures de son retour sur la terre ferme. Entretien.

Un vrai combat. Touchée au dos dans la dernière ligne droite de son périple autour du monde, sans escale et sans assistance, Alexia Barrier est en train de mener une belle bataille pour mettre un point final à son premier Vendée Globe. Une bataille contre soi-même, et contre la douleur.

Une des six femmes au départ et à l’arrivée du Vendée

Après plus de trois mois de périple, la skipper de TSE – 4myplanet avale ainsi les dernier milles qui la séparent du chenal des Sables-d’Olonne. Avec courage et ténacité. Elle tient à faire partie des six femmes qui auront pris le départ et bouclé la ligne d’arrivée de « l’Everest des mers ». C’est donc à quelques heures de son retour sur terre, au large des Îles des Açores, à 900 miles de l’arrivée, que cette fidèle supportrice de l’AS Monaco a pris le temps de donner de ses nouvelles. Nous l’avions quitté au départ de l’épreuve, le jour du 99e derby.

Bonjour Alexia. Pour commencer, donnez-nous de vos nouvelles suite à votre blessure au dos…

En fait j’ai chuté. Je suis tombée sur une pièce en PVC. Je ne sais pas si c’est musculaire ou s’il s’agit d’une vertèbre cassée. La douleur est là depuis quelques jours, je dois faire avec. J’ai des antidouleurs et je fais attention aux mouvements que je fais. Et puis je suis tellement contente d’arriver.

Justement, comment gère-t-on une blessure ainsi que les efforts répétés à bord ?

Je dois me passer de certaines manœuvres. Je ne peux pas mettre les voiles à l’avant par exemple. Je ne peux pas sortir les voiles de la soute. Quand je dois changer de voile, je dois anticiper certaines choses. Je préfère faire comme ça que de me retrouver dans l’embarras.

Vous allez boucler votre premier tour du monde, la nostalgie doit déjà être là…

J’ai hâte d’arriver mais je reste concentrée jusqu’au bout. Il y a du vent assez fort par moment. Je ne me permets pas trop de rêvasser et je reste focus sur le moment présent. Une fois que le bateau sera amarré à quai, je pourrai me permettre de repenser à tout ce que j’ai vécu. Pour le moment, ce n’est pas encore le moment de penser à tout cela afin de ne pas faire d’erreurs dans les manœuvres. Il y a de plus en plus de trafic, avec beaucoup de cargos.

Quels moments vous ont marqué dans cette aventure ?

Sportivement, la première partie de course était incroyable. Je me bagarrais avec d’autres skippeurs reconnus. Et puis le passage du Cap Horn, cela faisait plus de deux mois que je n’avais pas vu la Terre. Voir la Cordillère des Andes ainsi que la Terre de Feu, c’était absolument exceptionnel. J’ai croisé un nombre impressionnant d’espèces d’oiseaux, d’animaux que je n’avais jamais vu auparavant. J’ai trouvé ça vraiment chouette. J’ai remarqué qu’ils étaient bien plus nombreux là où l’Homme n’est pas présent, notamment dans le Sud dans les terres australes.

On connait votre engagement pour la planète via votre ONG. Cette expérience doit vous renforcer dans votre engagement ?

Absolument. Je vais être plus engagé que jamais, auprès des jeunes. Je vais faire le tour des écoles qui ont suivi ce projet. En tout, plus de 10.000 enfants ont suivi ce Vendée Globe. Je ne vais pas pouvoir rencontrer tout le monde mais je vais me réserver une semaine afin de voir le maximum d’entre eux. J’irai en train, afin de préserver l’océan qui est en danger. Je vais faire de mon mieux auprès des électeurs politiques si je gagne un petit peu en notoriété grâce à cette aventure. Nous connaissons une crise sanitaire et c’est en partie dû à la diminution de la biodiversité. D’autres vont arriver derrière si on ne fait rien.

Comment vivez-vous ce tour du monde en solitaire dans ces conditions sanitaires là ?

Je ne réalise pas vraiment ce que ça implique d’être de nouveau confinés ainsi que le couvre-feux. On a découvert des personnes qui veulent s’engager pour le développement durable. Les gens vont se rendre compte de certaines choses, de faire des choix plus rationnels sur ce qui les rend heureux.

Comment jugez-vous l’effort que cela demande de faire un tour du monde à la voile ?

Je pense que sur un bateau comme le mien, qui est un vieux monocoque, c’est vraiment beaucoup plus dur qu’un bateau récent. C’est comme chauffer une maison avec les fenêtres ouvertes, on dépense beaucoup d’énergie qui part finalement ailleurs. Mon bateau ne peut pas aller plus vite, le matériel est assez vétuste. J’ai donc compris qu’il fallait plutôt consacrer mes efforts à préserver le bateau pour finir la course, plutôt que de vouloir gagner à peine en vitesse. C’est une course qui demande à être stable psychologiquement sur la durée. On peut avoir des coups de déprime mais il ne faut pas se laisser enfouir par ces pensées-là.

Comment vit-on le fait d’être très loin du monde mais en tentant d’être proche des gens médiatiquement durant la course ?

Je trouve ça sympa de pouvoir partager ce tour du monde sur les réseaux sociaux. On a de la chance car les technologies ont évolué. On peut envoyer des photos ou des vidéos tous les jours. C’est important pour notre sport ainsi que les personnes enfermées chez elles. Ils voyagent avec nous. J’ai été très contente de pouvoir échanger avec différentes personnes durant la course.

Cela doit être une fierté de voir plusieurs femmes clôturer ce Vendée Globe.

On avait dit que les six femmes devaient terminer la course. On est bien partis pour, même si deux d’entre elle ont terminé hors course. Elles ont eu de problèmes mais terminer en course ou hors course est anecdotique. C’est d’autant plus fort que d’avoir eu le courage de se relancer dans la course. On bien parti pour remplir le contrat des six femmes à l’arrivée. C’est un bel exemple de ténacité et cela donne une belle image pour le sport féminin. Ça nous aidera à démarcher les sponsors et obtenir des équipes encore plus performantes.

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