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Grand Format 22 mars 2019, 09:00

Alfred Vitalis (1) : « Ce club fait partie de moi »

Alfred Vitalis (1) : « Ce club fait partie de moi »
Chaque mois le Grand Format vous propose de remonter le temps et d’entrer dans la riche histoire de l’AS Monaco via le regard et la mémoire de ses héros. Premier de cordée, Alfred Vitalis.

Défenseur de devoir, toujours prêt au combat, celui que l’on surnomme « Le Marquis » a passé dix saisons sous le maillot rouge et blanc, disputant 278 matchs et remportant 2 titres de champion (1978 et 1982), 1 Coupe de France (1980) et 1 Coupe Gambardella (1972). Pour ASMonaco.com, il a accepté de revenir en longueur sur son expérience monégasque dans un entretien publié en trois épisodes.

 

Alfred Vitalis en 1981.

Qu’êtes-vous devenu Alfred Vitalis ?
Après ma période monégasque j’ai effectué une saison à Strasbourg en 1983/1984, puis j’ai entamé ma reconversion chez un grand équipementier. J’y suis resté quatre ans, tout en jouant encore un peu en amateurs, notamment à Antibes, où tout avait débuté pour moi. J’ai bouclé la boucle. Par la suite j’ai travaillé pour de grandes maisons de haute couture, mais aussi pour un géant de l’électronique. Puis j’ai fait une dizaine d’années dans l’import/export, plutôt axé décoration. J’ai aussi eu une agence immobilière durant pas mal d’années. Aujourd’hui je suis à la retraite, je vis à Saint-Rémy-de-Provence, mais je suis toujours un peu dans le football en aidant des amis qui s’occupent de joueurs professionnels. Je profite de la vie, je joue beaucoup au golf et je suis un grand passionné de photos sous-marines.

Pour beaucoup vous êtes resté le Marquis, un surnom que vous avait attribué Armand Forcherio durant votre première période monégasque…
Armand m’a donné ce surnom c’est vrai, mais il m’a surtout donné beaucoup de très bons conseils. À l’époque, il était un jeune entraîneur et moi j’arrivais dans l’équipe sur la pointe des pieds. J’étais venu à l’AS Monaco en tant que joueur amateur et je me retrouvais finalement à m’entraîner avec les pros ! Mais je n’avais pas eu de réelle formation auparavant et très vite il m’a incité à faire évoluer mon jeu. J’ai beaucoup progressé avec lui et j’ai donc gagné ce surnom qui me suivra toute ma vie. Je lui ai un jour confié que mon nom de famille avait eu une particule dans un lointain passé, il m’a répondu : « À Monaco on a un Prince, maintenant on aussi un Marquis ». C’est parti d’une boutade, c’est resté…

Je fais partie de cette génération de joueurs nés en Algérie française et je peux vous dire que la plupart d’entre nous bouffions tout ce qui passait sur le terrain.

Votre prime jeunesse n’a pourtant pas été un long fleuve tranquille, loin de celle d’un enfant de la noblesse. Orphelin de père, rapatrié d’Algérie, cadet d’une famille de quatre enfants élevés par seuls par leur mère…
C’est exact. Je sais ce que c’est que manger des patates tous les jours. Nous sommes passés par des moments très durs. Ma mère est arrivée seule avec ses quatre enfants en Métropole. Il fallait être fort et avoir le goût de l’effort. Je fais partie de cette génération de joueurs nés en Algérie française et je peux vous dire que la plupart d’entre nous bouffions tout ce qui passait sur le terrain. C’était dans notre ADN. En plus me concernant j’ai des origines espagnoles par ma mère, j’avais le sang chaud (il sourit). Plus sérieusement, cette génération a produit nombre d’internationaux français, dont je n’ai malheureusement pas fait partie même si j’ai parfois été proche de la sélection.

Vous avez été champion de France en jouant quasiment tous les matchs en 1978 et 1982, deux années de Coupe du Monde…
Vous avez compris. Être champion ces deux saisons-là c’était le timing parfait. D’ailleurs, cela a permis à certains de mes coéquipiers d’être sélectionnés. Me concernant, je sais que je n’étais pas très loin, mais je sais aussi que la concurrence était très rude en défense. En 1978 j’étais un peu frais, en 1982 une nouvelle génération émergeait… Malgré tout je n’ai pas de regrets. J’ai eu la chance de remporter ces deux titres, la fierté d’avoir été le capitaine de l’équipe en 1982, d’avoir porté ce maillot rouge et blanc. Je suis comblé.

J’avais le choix entre Nice et Monaco. Je suis d’abord venu faire un essai à Monaco et ça a marché de suite. Dès le premier jour, je ne me voyais pas ailleurs.

Devenir joueur professionnel c’était un objectif ?
Non, j’étais plus passionné que désireux de faire une carrière. J’ai démarré à l’Espérance d’Antibes, qui est devenu le FC Antibes, puis j’ai continué dans le club voisin de La Fontonne, où Louis Pirroni, qui entraînait l’équipe réserve de l’AS Monaco, est venu me chercher. À l’époque, j’avais le choix entre Nice et Monaco. Je suis d’abord venu faire un essai à Monaco et ça a marché de suite. Dès le premier jour, je ne me voyais pas ailleurs. Je sais aujourd’hui que j’ai fait le bon choix. J’ai tout appris ici. J’ai rencontré des gens extraordinaires. Le Prince Rainier III, SAS le Prince Albert II avec qui nous avons partagé tellement de choses. J’ai noué des amitiés éternelles avec Albert Vanucci, Rolland Courbis, Michel Rouquette, Jeannot Petit… J’en oublie forcément…

Le président Campora, le coach Gérard Banide, SAS Le Prince Albert II et le capitaine Vitalis fêtent le titre de 1982 dans les rues de la Principauté.

On vous sent toujours aussi attaché à la Principauté et à l’AS Monaco…
J’y ai passé dix ans de ma vie. Dix années fantastiques. À jamais j’aurai le coeur rouge et blanc. Ce club fait partie de moi, je m’y suis construit, j’ai tout donné pour ce maillot et j’ai tant reçu ! Deux titres de champion, une Coupe de France, mais aussi, et j’en suis très fier, une Coupe Gambardella ! Et puis il ne se passe pas un seul jour sans que l’on me parle de l’AS Monaco, notamment mon neveu qui est supporter et suit l’équipe très souvent en déplacement. Là où je vis, ils sont plus pour l’OM. J’aime beaucoup leur rappeler que quand je jouais à Monaco je n’ai pas perdu beaucoup de matchs contre Marseille !

Tours était un club amateur. Nous avions par exemple trois docteurs dans l’équipe ! Certains étudiaient le droit, le niveau intellectuel c’était du sérieux.

Quels souvenirs gardez-vous de cette coupe Gambardella remportée en 1972 ?
À l’époque je jouais en Division d’Honneur avec la réserve et je n’avais pas fait toute la campagne. Mais j’avais joué les matchs importants. Nous avions éliminé Saint-Etienne et battu Toulouse en finale. Nous avions une très bonne équipe. On vécu ça comme une Coupe de France chez les grands. C’était notre premier trophée important. Je n’ai même pas pu le fêter car je commençais le service militaire le lendemain au Bataillon de Joinville.


En 1974, vous avez rejoint le Tours FC, où vous avez évolué trois saisons avant de revenir à l’AS Monaco de 1977 à 1983. Pourquoi être parti et pourquoi être revenu par la suite ?
Si cela n’avait tenu qu’à moi je ne serais jamais parti. Je venais de participer à l’épopée de la Coupe de France, avec cette finale perdue contre Saint-Étienne. Mais en 1974, j’étais un jeune joueur inexpérimenté et à l’époque, le club était obligé de vous faire signer un contrat professionnel dès que vous aviez disputé 15 matchs de Division 1. Quand je suis arrivé à 14 matchs, le club devait donc me faire signer ce contrat pour me permettre de continuer à jouer. Mais pour cela il fallait que des joueurs de l’équipe soient transférés, ce qui n’avait pas été possible. Je n’avais pas d’autre solution que de partir. J’ai donc fait un essai à Bordeaux, mais j’ai finalement choisi de rejoindre Tours en Division 2. Un tout autre monde. Car bien qu’ambitieux en D2, Tours était un club amateur. Nous avions par exemple trois docteurs dans l’équipe ! Certains étudiaient le droit, le niveau intellectuel c’était du sérieux. J’ai fait trois super saisons là-bas, mais nous ne sommes pas parvenus à monter. L’AS Monaco y est arrivé en 1977 et on m’a alors proposé de revenir, ce que j’ai accepté à certaines conditions.

Quand je suis revenu j’avais le couteau entre les dents. Je pouvais avoir 40° de fièvre, j’étais sur le terrain quoi qu’il arrive. Il n’était pas question que je laisse passer ma chance. 

Quelles conditions ?
J’avais été observé par Alberto Muro plusieurs fois, mais c’était surtout Emile Rossi, membre du comité de gestion, qui voulait que je revienne. Mon retour ne faisait pas l’unanimité. Le président Campora et l’entraîneur, Lucien Leduc, ne me connaissaient pas. Quand je suis rentré dans le bureau du président pour signer, j’ai accepté de m’engager pour la même chose qu’à Tours, mais j’ai négocié une revalorisation si je jouais quinze matchs comme titulaire. En même temps j’avais négocié avec Tours un éventuel retour si jamais je ne jouais pas à Monaco. Quand je suis revenu j’avais le couteau entre les dents. Je pouvais avoir 40° de fièvre, j’étais sur le terrain quoi qu’il arrive. Il n’était pas question que je laisse passer ma chance.

AS Monaco 1977/1978 : Debout (de g à d) : Vanucci, Moizan, Correa, Vitalis, Gardon, Ettori – Accroupis : Rouquette, Nogues, Onnis, Dalger, Petit

En 1977/1978 vous faites donc votre retour dans une équipe monégasque promue en Division 1…
C’est ça… Et je faisais partie d’un recrutement de promu, comme Alain Moizan qui avait aussi été recruté en D2 à Angoulême, Raoul Nogues qui sortait de deux saisons moyennes avec l’OM, Bernard Gardon qui venait de descendre avec Lille et Rolland Courbis qui s’était maintenu de justesse avec Sochaux… On nous promettait la relégation, c’est l’inverse qui s’est produit…

Retrouvez la deuxième partie de ce Grand Format ce samedi 23 mars à partir de 9h00.

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