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Grand Format 24 mars 2019, 09:00

Alfred Vitalis (3) :
« Les hommes passent, l'Institution reste »

Alfred Vitalis (3) : <br>« Les hommes passent, l'Institution reste »
Chaque mois le Grand Format vous propose de remonter le temps et d’entrer dans la riche histoire de l’AS Monaco via le regard et la mémoire de ses héros. Premier de cordée, Alfred Vitalis.

Défenseur de devoir, toujours prêt au combat, celui que l’on surnomme « Le Marquis » a passé dix saisons sous le maillot rouge et blanc, disputant 278 matchs et remportant 2 titres de champion (1978 et 1982), 1 Coupe de France (1980) et 1 Coupe Gambardella (1972). Pour ASMonaco.com, il a accepté de revenir en longueur sur son expérience monégasque dans un entretien publié en trois épisodes. Troisième et dernière partie.

 

Peu à peu l’équipe de 1978 a laissé place à une autre génération, si bien que lors du titre de 1982 vous n’étiez plus que cinq joueurs à avoir connu le précédent quatre ans plus tôt…
Oui, nous étions passés à autre chose. Les jeunes du centre de formation arrivaient de plus en plus nombreux dans l’équipe. En 1979, Lucien Leduc avait été remplacé par Gérard Banide dont la mission était clairement de faire éclore ces jeunes talents qu’il avait lui-même formé. Il faut avouer que la transition n’a pas été facile pour la « génération 78 ».


Pourtant, quand l’AS Monaco a remporté son quatrième titre de champion en 1982, c’est vous qui étiez capitaine de l’équipe…
En fait j’avais l’âge parfait pour faire le lien entre ces deux générations. J’étais un peu plus jeune que Vannuci, Petit, Onnis ou Dalger en 1978, mais plus vieux qu’Amoros, Bellone, Bijotat ou Couriol en 1982. Au début de la saison 1981/1982, M. Banide avait organisé un vote entre joueurs pour désigner le capitaine. Lui voulait que ce soit Umberto Barberis, qui arrivait du Servette Genève où il avait été le patron pendant plusieurs saisons. Rolland Coubis m’avait poussé à me présenter et les joueurs ont voté pour moi. Humainement le souvenir du titre de 1982 et moins fort pour moi que celui de 1978. Il y a avait moins d’osmose, mais encore beaucoup de talent. C’est une grande fierté d’avoir porté le brassard de capitaine de cette équipe. Le point commun avec 78, c’est que nous avions dû lutter jusqu’à la dernière journée et que nous avions fini champions avec un seul point d’avance sur Saint-Etienne.

Une Coupe de France c’est moins fort qu'un titre, mais c’était quand même un grand moment. D’autant plus que nous avions raté le coche en demi-finale deux ans auparavant contre Nice.

Lors de la saison suivante, vous avez transmis le brassard à Jean-Luc Ettori, qui l’a ensuite gardé pendant plus de dix ans…
Comme je vous l’ai dit, j’ai fait la transition entre deux générations. Même si Jean-Luc était déjà là en 1978, il était encore jeune et est resté si longtemps par la suite… Quel gardien c’était tout de même ! Lors de titres de 1978 et 1982 il a été plus que déterminant ! Ce brassard lui revenait légitimement et il a fait plus que l’honorer par la suite. Je me souviens aussi qu’un an avant, alors que je venais d’être replacé dans l’axe de la défense, c’est Manu Amoros qui m’avait remplacé sur le côté gauche de la défense. Neuf mois plus tard il jouait une demi-finale de Coupe du Monde ! Amoros, Ettori, quand on connaît leur valeur, on ne peut être que flatté de les avoir vu prendre le relai.

En 1980 l’AS Monaco remporte sa troisième Coupe de France sur la pelouse du Parc des Princes.

Entre les titres de 1978 et 1982, il y a eu cette Coupe de France remportée en 1980. Quel souvenir gardez-vous de la finale remportée face à Orléans ?
Je me souviens que le public était contre nous et espérait un exploit d’Orléans, qui évoluait en D2. C’était un peu David contre Goliath, il fallait rester concentré, oublier que nous étions supérieurs. Lors des tours précédents Orléans avait montré de belles choses, avec un certain Bruno Germain qui débutait sa carrière. Il y avait aussi Joseph Loukaka, un très bon attaquant dont j’avais la charge en finale… Mais le grand acteur de la première période était Jacques Marette, auteur d’un csc en notre faveur en tout début de match, puis de l’égalisation vingt minutes plus tard. Ce n’est qu’après la pause, avec des buts d’Albert Emon et Delio Onnis que nous avons fait la différence. Une Coupe de France c’est moins fort qu’un titre, mais c’était quand même un grand moment. D’autant plus que nous avions raté le coche en demi-finale deux ans auparavant contre Nice.

À l’époque vous n’étiez pas passés loin d’un incroyable doublé…
Cela ne s’était pas joué à grand chose, je crois que nous avions perdu 1-0 là-bas et fait 1-1 chez nous… Puis Nice avait perdu contre le Nancy de Platini en finale. Nous étions en pleine course pour le titre et nous n’avions pas l’habitude de jouer sur tous les tableaux.

Le derby Monaco-Nice, ou Nice-Monaco, c’était un vrai derby ! On est tous copains aujourd’hui, mais à l’époque c’était viril. En plus Nice avait une équipe de « boeufs » à cette époque.

Parlez-nous un peu du derby, quelle importance avait-il à cette époque ?
Le derby Monaco-Nice, ou Nice-Monaco, c’était un vrai derby ! On est tous copains aujourd’hui, mais à l’époque c’était viril. En plus Nice avait une équipe de « boeufs » à cette époque avec Katalinski, Bjekovic, Baratelli, Jouve… J’en oublie. Cela a donné de sacrés duels !

Photo souvenir avant la demi-finale retour contre l’OGC Nice en Coupe de France. Match nul 1-1, après sa victoire 1-0 à l’aller c’est l’OGC Nice qui se qualifiera pour la finale.

À ce sujet, quel est l’attaquant qui vous a causé le plus de difficultés durant votre carrière ?
Je pourrais dire que c’est Delio Onnis, car je l’ai affronté un paquet de fois à l’entraînement (il sourit). J’ai d’ailleurs beaucoup appris avec lui. Il était très intelligent dans le jeu, il avait de la malice, il savait tout le temps où étaient les autres, il se déplaçait en fonction… J’ai eu la chance, ou la malchance, d’affronter beaucoup de grands attaquants durant ma carrière. Carlos Bianchi, Bernard Lacombe étaient des gros clients, mais le plus compliqué était Nenad Bjekovic. Il était très complet. Une frappe exceptionnelle, une technique sûre, il s’engageait, il mettait les coudes… Très dur à marquer.

Je réglais quelques fois mes comptes, si on me cherchait on me trouvait, mais je n’ai jamais blessé personne. J’aurais bien voulu une fois, mais Rolland m’a devancé.

En termes d’engagement vous n’étiez pas en reste non plus…
J’avais la réputation d’un joueur physique, dur sur l’homme, mais je n’ai pas été beaucoup suspendu ou averti durant ma carrière. Je réglais quelques fois mes comptes, si on me cherchait on me trouvait, mais je n’ai jamais blessé personne. J’aurais bien voulu une fois, mais Rolland m’a devancé.

Là vous êtes obligé de nous raconter…
Nous affrontons le PSG à Monaco et Roger Ricort, qui était un tout jeune joueur, va tacler Luis Fernandez sur le côté gauche. Luis s’emporte et lui promet de lui casser la jambe au match retour. Quand nous sommes allés au Parc des Princes, il a mis sa menace à exécution et Roger a été gravement blessé. Là avec Rolland nous sommes allés le voir et lui avons promis qu’il ne l’emporterait pas au paradis. Quelques minutes après je le vois qui déboule dans notre camp. Là je prend mon élan pour lui en mettre un bon, mais je vois Rolland qui me passe devant les deux pieds en avant le tacle à la poitrine ! Luis il n’avait pas peur de grand chose sur un terrain, mais je peux vous dire que lors de ce match il ne s’est plus approché de notre but.

En début de match je vois Moizan au plus mal, je lui demande ce qu'il a et il me dit que Bruno Barronchelli vient de lui marcher volontairement sur les parties.

Et cette bagarre générale survenue à Nantes un jour de lancement d’une campagne contre la violence dans le sport, on peut en parler ?
Je ne vous dirai pas que j’en suis fier, mais aujourd’hui il y a prescription, on peut en rire. Il y avait donc cette fameuse campagne et nous jouions à Nantes. En début de match je vois Moizan au plus mal, je lui demande ce qu’il a et il me dit que Bruno Barronchelli vient de lui marcher volontairement sur les parties. Quelques minutes plus tard, sur un corner en notre faveur, Bertrand-Demanes dégage des poings vers le milieu de terrain où je me trouve avec Bruno Barronchelli, un excellent joueur au passage. Nous sommes au duel, je m’engage allègrement pour venger Moizan, Barronchelli se relève et nous commençons à nous mettre dessus. Eclate alors une bagarre générale et l’arbitre Albert Wurtz, tente de ramener le calme quand Gérard Soler, qui avait toujours le bon mot, l’invective en le surnommant « casque à pointe » pour faire référence à la consonance germanique de son nom de famille. Au final Gérard s’est fait expulser tandis que Barronchelli et moi avons terminé le match. C’était un autre football (il éclate de rire).

Seriez-vous un peu nostalgique ?
Évoquer de si bons moments ça rend forcément un peu nostalgique. C’était notre jeunesse et elle était magnifique ! Mais tout évolue et notre sport ne fait pas exception. C’est la vie. Les hommes passent, l’institution reste. Et c’est très bien comme ça.

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