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Médias 26 décembre 2020, 16:00

Jean-Michel Larqué : "À Monaco avec Thierry, c’était un pèlerinage"

Jean-Michel Larqué : "À Monaco avec Thierry, c’était un pèlerinage"
Ils vous font vivre les matchs comme si vous y étiez, spécialement durant cette période compliquée. Pendant les fêtes de fin d’année, asmonaco.com vous propose une série d’entretiens avec les commentateurs, animateurs, consultants et femmes/hommes bord terrain, qui ont des souvenirs marquants avec les Rouge et Blanc. Coup d’envoi aujourd’hui avec l’emblématique Jean-Michel Larqué.

On vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Pourtant, il a formé avec Thierry Roland sur TF1, le duo de commentateurs le plus mythique de l’histoire du football dans le PAF (paysage audiovisuel français, ndlr). A eux deux, ils ont connu toutes les grandes victoires tricolores, que ce soit en clubs, mais surtout avec l’équipe de France. A l’Euro 84, ils étaient déjà là. A la Coupe du Monde 1998, ils ont marqué toute une génération. A l’Euro 2000, il étaient encore derrière la petite lucarne.

Marseille 1993 et PSG 1996, c’était aussi eux !

Et bien évidemment, ils étaient là pour commenter les exploits de l’OM en Ligue des Champions en 1993 et du Paris Saint-Germain en Coupe des Coupes en 1996. Ancienne gloire de l’AS Saint-Etienne avec qui il a remporté sept titres de champion de France en tant que joueur, Jean-Michel Larqué parle toujours foot à 73 ans sur la radio RMC. Durant sa carrière de consultant, il aura eu l’honneur de travailler avec un autre grand commentateur, le regretté Thierry Gilardi. Plongée dans les souvenirs monégasques d’un dinosaure du football français, nostalgique de ces instants vécus avec son binôme éternel. « Tout à fait Thierry! »

Bonjour Jean-Michel. Tout d’abord, on imagine déjà votre réponse, mais quel est votre meilleur souvenir d’un match commenté au Stade Louis-II ?

Évidemment, s’il y a un souvenir qui ressort, c’est ce quart de finale retour de Ligue des Champions face au Real Madrid. Mais ce qu’il faut savoir c’est qu’à l’époque, aller commenter un match avec Thierry Roland, c’était tout sauf du travail (sourire). C’était un moment magnifique, d’abord parce qu’avec lui, nous sommes tombés sur les bonnes années du football français. Que ce soit avec la sélection, de 1984 jusqu’à 2000, où on a été gâtés avec l’équipe de France. Avec deux titres de champion d’Europe (1984 et 2000), avec un titre de champion du Monde (1998), quelques beaux résultats.

On a également été gâtés avec les clubs en coupe d’Europe, évidemment avec l’Olympique de Marseille en 1993 puis l’Olympique Lyonnais dans les années 2000. Mais entre-temps, c’était l’AS Monaco. Aller commenter un match au Stade Louis-II, c’était plus que commenter un match. Dans ce match-là contre le Real Madrid, j’ai évidemment de très bons souvenirs en tête. Mais est-ce bien utile de rappeler que tout le monde avait passé une merveilleuse soirée? Nous avions surtout passé un merveilleux séjour à Monaco. Et ça, c’est beaucoup mieux.

On avait un parcours bien tracé, puisque la veille au soir, voir la veille à midi, nous allions manger chez Rampoldi. Un très bon italien en plein centre de Monaco. Rampoldi, le Loews, Thierry s’arrêtait également un petit peu dans le casino de l’hôtel pour glisser deux ou trois pièces. "Je vais me faire tondre", comme il disait.
Jean-Michel Larqué

Comment se passait ce séjour dans le détail ?

Aller à Monaco avec Thierry, c’était un pèlerinage. C’est lui qui s’occupait de la réservation et nous allions au Fairmont, anciennement le Loews. Celui qui est dans le fameux virage du circuit de Formule 1, avant d’attaquer le tunnel. Donc on descendait là, et normalement on aurait dû arriver le jour-même, puisque le match était le soir. Mais on arrivait toujours la veille. Parce qu’à midi nous étions invités avec toute la presse par le Président Campora, qui faisait ses repas au Loews en général, donc ça nous arrangeait bien.

Mais on avait aussi un parcours bien tracé, puisque la veille au soir, voir la veille à midi, nous allions manger chez Rampoldi. Un très bon italien en plein centre de Monaco. Rampoldi, le Loews, Thierry s’arrêtait également un petit peu dans le casino de l’hôtel pour glisser deux ou trois pièces. « Je vais me faire tondre », comme il disait. Commenter un match comme ce Monaco – Real Madrid, c’était fabuleux. Découvrir une nouvelle jeunesse à Fernando Morientes, découvrir un feu-follet comme Ludovic Giuly et puis le pied gauche magique de Jérôme Rothen, parce qu’il faut que je lui fasse plaisir (ils sont tous les deux consultants chez RMC, ndlr), ce n’était que du bonheur.

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Avez-vous une anecdote particulière autour de cette rencontre marquante ?

Ce soir-là, je sors du Stade, un peu plus tard que les autres, parce que l’on avait fait peut-être une ou deux interviews. Donc je sors, et à côté du Stade il y a le port de Fontvieille, avec un ou deux restaurants sur le quai. J’étais tout seul, j’allais rejoindre l’équipe de TF1 qui devait dîner là. Je n’avais pas très faim, mais c’était juste pour passer un petit moment avec eux. Surtout que nous étions reçus comme des rois à Monaco. Et là, j’entends quelqu’un qui m’interpelle et qui m’appelle par mon prénom.

Je me retourne et là, un peu gêné, je ne sais pas comment l’appeler, c’était S.A.S. le Prince Albert II, qui me dit : « Dites-moi Jean-Michel, est-ce que vous trouvez que l’on a une bonne équipe? ». Sur le coup je ne l’ai pas appelé Monseigneur, car je ne savais pas. Je l’ai salué. Nous avons discuté tous les deux, cinq minutes en tête à tête sur le quai. Il était inquiet alors qu’il venait de se qualifier avec l’AS Monaco, de faire un match fabuleux. Mais il m’a posé cette question pleine de candeur, de naïveté. Je lui ai donc répondu la chose suivante : « Je vous rassure Monseigneur, vous n’avez pas une bonne équipe, vous avez une TRÈS bonne équipe! ».

Voilà les souvenirs que j’ai de ce match. Et nous nous étions quittés comme ça, sur le quai. Il appréciait vraiment son équipe, mais il avait toujours une petite appréhension avant les matchs. Même après ce match-là, il avait besoin de se rassurer. J’avais adoré qu’il m’appelle par mon prénom, alors que c’était un personnage royal, même si c’était son père, le Prince Rainier, qui gouvernait à cette époque. En résumé, je n’ai que des bons souvenirs à Monaco.

Si l’on a un tout petit peu marqué notre passage dans le petit écran, c’est avant tout parce que l’on commentait comme les gens le souhaitaient. Comme ils n’avaient pas la chance d’aller au stade, il fallait qu’ils ressentent les même émotions. Avec des hauts, des bas, des sentiments de joie ou de tristesse parfois.
Jean-Michel Larqué

Quand vous commentez ce match, avec-vous conscience qu’il va rester dans les annales, notamment grâce à votre réaction suite à la « Madjer » de Ludovic Giuly ?

Si l’on a un tout petit peu marqué notre passage dans le petit écran, c’est avant tout parce que l’on commentait comme les gens le souhaitaient. Comme ils n’avaient pas la chance d’aller au stade, il fallait qu’ils ressentent les même émotions. Avec des hauts, des bas, des sentiments de joie ou de tristesse parfois. De l’exaltation, de l’exagération dans un sens comme dans l’autre, je pense que c’était notre marque de fabrique. Et puis je vous rassure, le spectacle, ce n’est pas le commentateur qui le fait, ce sont les joueurs. Et comme je le disais précédemment, nous avons eu de la chance, nous avons été servis par de grands spectacles à cette période. Et assurément, ce match fait partie des grands moments du football français et de la télévision française.

Qu’est-ce que le Stade Louis-II a de si marquant ? La tribune de presse ou autre?

La seule différence avec les autres stades concernant la tribune de presse, c’est qu’à Monaco on arrive par la coursive du haut, on est parmi le public. Donc on arrivait au Stade Louis-II comme un supporter, comme un spectateur. Et je vous rassure, la tribune de presse de Monaco n’est pas plus inconfortable que certaines tribunes de presse de Coupe du Monde (rire). De temps en temps, on arrivait par le virage de droite quand vous avez l’enceinte face à vous, du côté des vestiaires, et on allait voir un match qui se jouait en lever de rideau, sur le stade Didier Deschamps en synthétique juste en face. Se promener à Monaco, c’était vraiment en toute sécurité, sans contrainte, sans arrière pensée, avec le sentiment que l’on allait passer un bon moment. On avait passé un bon moment la veille, et on allait passer un bon moment au stade.

Parlez-nous de l’ambiance qui y régnait, contrairement aux idées reçues…

Personnellement, nous n’y allions que pour des matchs évènements. Donc je n’ai pas connu le Stade Louis-II sonnant creux, je l’ai connu plein. On avait tout commenté lors de cette épopée en Ligue des Champions, et je peux vous dire que l’ambiance y était exceptionnelle. Donc Monaco oui c’est spécial pour moi, d’autant que j’ai connu les anciens locaux de la radio RMC pour laquelle je travaille depuis un petit moment, qui étaient en Principauté.

Il y a un joueur qui a eu autant de sélections que moi mais qui en méritait beaucoup plus, c’est Jeannot Petit. Ça c’est ma génération, et lui c’était un drôle de joueur. C’était un milieu de terrain qui marquait des buts, il ne se cachait pas Jeannot.
Jean-Michel Larqué

Vous ne retenez donc que de beaux souvenirs de vos passages au pied du Rocher…

Dans ma carrière de commentateur oui, mais également dans ma carrière de joueur. Puisque le seul des 400 matchs que j’ai disputés avec l’AS Saint-Étienne qui a été reporté, c’était un match à Monaco, dans le vieux Stade Louis-II. Ce devait être à la fin des années 60. D’ailleurs on avait rejoué le match et on avait gagné 2-1 ou 3-1, et il me semble que Christian Synaeghel avait marqué deux buts. Il avait fait un temps épouvantable. Le ciel était noir d’encre. Et le lendemain, nous avions repris le train en gare de Monaco pour rentrer à Saint-Étienne, et il faisait un temps magnifique. Je m’en souviens comme si c’était hier.

Quels sont les joueurs de l’AS Monaco qui vous ont marqué ?

Si je commence à vous parler de ceux qui m’ont marqué, nous en avons pour la journée (rire). J’étais tout gamin, c’était l’époque où mon papa m’amenait à Colombes (en région parisienne, ndlr) pour voir des finales de Coupe. Ce devait être en 1963, l’AS Monaco gagne la Coupe de France cette année-là. Il y avait Michel Hidalgo, Karimou Djibrill, Yvon Douis, Théo (Théodore Szkudlapski, ndlr). C’étaient des beaux joueurs, ils étaient magnifiques. En plus je trouvais ce maillot superbe en rouge et blanc avec la Diagonale. Il y avait aussi Bert Carlier et Henri Biancheri. Ce sont vraiment mes premiers souvenirs de l’AS Monaco. Après évidemment il y en a eu beaucoup dans l’histoire, mais là je parle des joueurs qui étaient de ma génération. Il y en a un d’ailleurs qui a eu autant de sélections que moi mais qui en méritait beaucoup plus, c’est Jeannot Petit. Ça c’est ma génération, et lui c’était un drôle de joueur. C’était un milieu de terrain qui marquait des buts, il ne se cachait pas Jeannot. Je pense que nous avions beaucoup de points communs ensemble.