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Interview 19 février 2022, 14:00

Nicolas Maurice-Belay : "Grégory Lacombe, c'était notre Messi"

Nicolas Maurice-Belay : "Grégory Lacombe, c'était notre Messi"
Avant le déplacement des Rouge et Blanc à Bordeaux, ce dimanche (17h05), asmonaco.com est allé prendre des nouvelles de Nicolas Maurice-Belay, formé à l'Academy et ancien joueur des Girondins. Souvenirs.

Il est arrivé sur le Rocher à seulement 16 ans. Après un passage à l’INF Clairefontaine, Nicolas Maurice-Belay a intégré l’Academy de l’AS Monaco en 2001, avant de faire ses débuts chez les pros en 2003. Lancé par Didier Deschamps, l’élégant gaucher a disputé 25 rencontres avec le maillot frappé de la Diagonale, avant de quitter définitivement le Club en 2007 pour Sochaux, puis de signer à Bordeaux quatre ans plus tard. Avant la rencontre face aux Girondins, ce dimanche (17h05), interview souvenirs avec l’ancien ailier.

A chaque fois que je croise des dirigeants ou éducateurs de l'AS Monaco, ça me fait chaud au cœur et ça me rend nostalgique car c'est une partie de notre enfance. Je suis toujours en contact avec le coach Frédéric Barilaro et d'autres personnes du Club, ce qui montre que cette période est toujours dans un coin de ma tête.
Nicolas Maurice-BelayAncien ailier de l'AS Monaco

Salut Nicolas. Raconte-nous comment s’est déroulée ton arrivée à l’Academy de l’AS Monaco ?

J’ai passé trois ans à Clairefontaine mais j’avais signé à Monaco avant même d’intégrer l’INF. Je suis donc arrivé à l’Academy en 2001 et pour moi tout était nouveau, je découvrais le Sud alors que je suis Parisien, et ce sont des souvenirs inoubliables. Au niveau du « package » qualité de vie et qualité sportive, je ne pense pas que tu puisse faire mieux en France. J’étais dans la même génération que Sébastien Grax, Laurent Lanteri, Laurent Mohellebi, Sofyane Cherfa… L’ambiance était incroyable.

Tu as gardé contact avec tes anciens coéquipiers ?

Oui, on est souvent au téléphone ensemble, que ces joueurs aient réussi ou pas, qu’ils soient toujours dans le football ou non. Quand tu es en centre de formation, tu quittes tes parents car tu as l’objectif de devenir professionnel, mais il n’y a pourtant jamais eu d’ambiance négative entre nous. D’ailleurs, je me retrouve parfaitement dans le livre écrit par Abdou Diallo et ses anciens coéquipiers de l’Academy (Le coup d’envoi de nos rêves, ed. Les Livres du Dragon d’Or), alors qu’on a dix ans d’écart. A chaque fois que je croise des dirigeants ou éducateurs de l’AS Monaco, ça me fait chaud au cœur et ça me rend nostalgique car c’est une partie de notre enfance. Je suis toujours en contact avec le coach Frédéric Barilaro et d’autres personnes du Club, ce qui montre que cette période est toujours dans un coin de ma tête.

Tu fais tes premiers pas chez les pros lors de la folle saison 2003-2004, au Vélodrome, en Coupe de la Ligue (défaite 2-0). Comment avais-tu vécu ce grand moment ?

On faisait une très bonne saison en CFA et il y avait quelques rumeurs qui disaient que le coach Didier Deschamps allait envoyer la réserve à Marseille en Coupe de la Ligue. Personnellement, je pensais qu’il enverrait seulement quelques jeunes et finalement il en a envoyé un sacré paquet ! C’est un souvenir inoubliable parce que c’est dans un stade mythique, avec Didier Drogba ou Camel Meriem en face, et que même si on te prépare à ce moment-là, ça te marque.

Cette saison est celle de l’épopée jusqu’en finale de la Ligue des champions. L’effervescence dans et autour du Club devait être à son comble…

C’était incroyable. Au début de la campagne européenne, le Stade Louis-II n’était pas plein, mais au fur et à mesure, notamment contre le Real Madrid et Chelsea, c’était blindé ! On croisait tout le monde en ville. C’était la folie, il y avait une telle effervescence autour de ce groupe, qui était tellement fort. La manière dont Monaco était plus fort que Lyon presque tout au long de la saison était quasiment choquante tellement il y avait de maîtrise. Mais malheureusement, la saison s’est finie sans titre… Et en plus, j’ai doublement « les boules » par rapport à cette finale de Ligue des champions contre le FC Porto.

Pourquoi ?

Le lendemain de cette rencontre face à Porto, on devait jouer la finale du championnat CFA contre Rennes. Les joueurs de la réserve qui étaient en fin de contrat voulaient absolument jouer cette rencontre car elle pouvait être décisive pour leur avenir, alors que moi qui étais plus jeune, je ne voyais pas les choses sous cet angle et je préférais aller à Gelsenkirchen voir la finale de la Ligue des champions (rires). C’était une occasion unique dans notre vie. Finalement tout le Club est allé en Allemagne sauf nous… et on a perdu contre Rennes ! J’étais dégoûté (rires) ! Il y a des émotions dans la vie qu’il ne faut pas manquer. C’est un vrai regret que j’ai.

Côtoyer, même un peu, des joueurs comme Morientes, Prso, Giuly, Nonda, cela a dû accélérer ta progression…

Même si j’étais plus jeune que d’autres, on m’appelait régulièrement pour faire des séances avec les pros. Et quand tu t’entraînais avec eux et que tu ratais une passe, tout le monde te regardais ! Mais c’était une exigence que j’ai adorée. Et c’est quelque chose qui m’a manqué au cours de ma carrière, alors que pourtant Monaco m’avait indiqué la bonne direction. Quand tu côtoies Didier Deschamps ou Antonio Pintus très jeune, tu sais ce qu’est le haut niveau. Mais quand tu es jeune, tu ne le vois pas toujours sous cet angle.

Didier Deschamps m'a toujours apprécié. La première fois qu'il m'avait vu lors d'une opposition, il avait été dithyrambique avec moi car il aimait mon profil. Mais il était très exigeant. (...) Même s'il t'apprécie, les règles sont les règles et la rigueur passe avant tout. Le coach a toujours eu confiance en moi mais mentalement je n'étais pas au niveau de son exigence.
Nicolas Maurice-BelayAncien ailier de l'AS Monaco

C’est donc Didier Deschamps qui t’a lancé en pro. Comment était-il avec toi ?

Il m’a toujours apprécié. La première fois qu’il m’avait vu lors d’une opposition, il avait été dithyrambique avec moi car il aimait mon profil. Mais il était très exigeant. Par exemple une fois, un directeur de l’Academy m’avait dit qu’il lui avait posé des questions sur moi pour savoir qui j’étais, et on lui avait répondu que j’arrivais parfois en retard et que je pouvais manquer un peu de sérieux. Didier Deschamps lui avait alors lâché : « Virez-le ! » (rires). Même s’il t’apprécie, les règles sont les règles et la rigueur passe avant tout. Le coach a toujours eu confiance en moi mais mentalement je n’étais pas au niveau de son exigence.

En 2005-2006 tu disputes quand même plus de vingt matchs pros dans la saison. Tu t’attendais à jouer autant malgré ton jeune âge ?

Oui, ça s’est très bien passé, j’étais plutôt intéressant dans le jeu. Et l’effectif était pourtant très fourni, avec Kapo, Meriem, Adebayor, Evra… Malgré ça, je n’ai pas assez saisi ma chance. C’est à l’image de ma carrière, au cours de laquelle je n’ai pas eu de très grosses statistiques. D’une certaine manière, tu mérites ce que tu as, car le foot de haut niveau c’est être plus fort que la moyenne, notamment sur le plan mental. Même si tu as des qualités, il faut apporter plus, avoir une vraie âme de compétiteur. Et pour en revenir à Didier Deschamps, même lorsque que j’étais à Sochaux et lui à Marseille, il me donnait des conseils pour passer un cap. Il n’était pas obligé de le faire, donc j’ai vraiment apprécié qu’il ait toujours eu un petit mot pour moi.

Andreas Zikos, lui, nous choquait. On était avec Serge Gakpé, David Gigliotti et Olivier Veigneau, on le regardait et on se disait qu'il avait un disque dur dans la tête tellement il devinait ce que les autres allaient faire.
Nicolas Maurice-BelayAncien ailier de l'AS Monaco

Ensuite tu es parti en prêt à Sedan en 2006, puis a été transféré à Sochaux en 2007. Est-ce un regret de ne pas t’être imposé dans ton club formateur ?

Exactement. Je me suis laissé vivre, je n’ai jamais vraiment assez travaillé pour aller plus haut. Petit déjà, je n’aimais pas tirer au but. Combien de fois Frédéric Barilaro et mes autres entraîneurs me l’ont dit… Mais comme je voyais que j’arrivais à éliminer mes adversaires, à « casser des reins » le long de la ligne, j’étais dans mon petit confort. Mais la vérité est ailleurs, elle est dans l’efficacité. Quand je suis revenu en prêt de Sedan et que Monaco ne m’a pas gardé, c’est la première fois que j’ai pleuré. C’était le premier échec dans ma vie. Quand tu n’as pas connu l’échec, tu n’as pas la mentalité pour t’arracher. Bien sûr, j’ai évolué, mais pas assez pour effectuer la bascule qui aurait donné une autre tournure à ma carrière.

De toute ta période à Monaco, quel est le joueur le plus fort que tu aies vu ?

Pour un latéral droit, Maicon m’impressionnait vraiment. Défensivement il était pas mal, mais offensivement il sentait tellement bien le jeu. Andreas Zikos, lui, nous choquait. On était avec Serge Gakpé, David Gigliotti et Olivier Veigneau, on le regardait et on se disait qu’il avait un disque dur dans la tête tellement il devinait ce que les autres allaient faire. Shabani Nonda m’a aussi beaucoup impressionné, tout comme Ludovic Giuly. Les premières fois que tu vas aux entraînement avec eux, c’est choquant. On nous demandait de faire trois minutes de gainage alors qu’au bout de 30 secondes j’étais cuit (rires). Et chez les jeunes, celui qui était au-dessus du lot c’était Grégory Lacombe. Petit, virevoltant, avec un super pied gauche, c’était notre Messi à nous !

Maintenant tu es devenu entraîneur à Mérignac-Arlac, en Gironde. L’objectif est d’entraîner des pros un jour ?

Peut-être que je rêverai des pros un jour, mais j’aime bien faire étape par étape. Là je m’occupe des jeunes, j’apprends à me connaître en tant qu’entraîneur, à me connaître dans la difficulté de la défaite ou dans les rapports avec les joueurs. Mais je suis content car nous sommes allés jusqu’en 32es de finale de la Coupe Gambardella. J’avais d’ailleurs eu Frédéric Barilaro au téléphone, j’espérais jouer face à son équipe car je lui aurais préparé une petite tactique (rires). Nous sommes aussi à la lutte pour la montée au niveau national. J’essaie donc de prendre des idées un peu partout pour progresser en tant que coach.

Pour finir, comment vois-tu le match de dimanche entre tes deux anciens clubs ?

Je vais faire une réponse neutre, de Suisse. Donc je dirais 2-2, car Bordeaux prend des buts mais sait en marquer. J’espère surtout qu’on verra un beau match et qu’en fin de saison Bordeaux se maintiendra et que Monaco se qualifiera pour la Ligue des champions.

Rise. Risk. Repeat.

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