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Interview 19 mars 2022, 11:30

Ali Benarbia : "J’aurais aimé rester plus longtemps à l’AS Monaco"

Ali Benarbia : "J’aurais aimé rester plus longtemps à l’AS Monaco"
Avant l’affiche de la 29e journée de Ligue 1 entre ses deux anciens clubs, l’AS Monaco et le Paris Saint-Germain, l’ancien meneur de jeu des Rouge et Blanc a pris le temps de se remémorer son passage en Principauté. Rencontre.

Sonny Anderson, David Trezeguet, Victor Ikpeba… De l’avis des plus grands attaquants de l’histoire de l’AS Monaco, il était le maître à jouer des Rouge et Blanc ! Le joueur qu’ils préféraient avoir derrière eux, pour leur distiller les meilleurs ballons de but. Ali Benarbia a passé trois saisons en Principauté, durant lesquelles il aura raflé le 6e titre de champion de France de l’histoire du Club.

Le maestro algérien

Mais également connu deux grandes épopées en coupe d’Europe. Grand pourvoyeur de caviars et footballeur soyeux à la technique très fine, l’ancien meneur de jeu a accepté de se confier, avant le choc entre ses deux anciennes équipes, le club du Rocher et le PSG. Avec une préférence et de très bons souvenirs au bord de la Méditerranée. Entretien.

Bonjour Ali. Vous êtes restés trois ans à l’AS Monaco. Comment s’est décidée votre arrivée ?

A l’époque j’étais en fin de contrat avec Martigues. Mon ancien président, Jean-Marie Bianchi était en contact avec M. Jean-Louis Campora. Et je sais que l’AS Monaco voulait me recruter un an avant, au moment où Patrick Blondeau jouait avec moi à Martigues. Mais l’OL de Jean Tigana souhaitait également que je vienne à Lyon. J’ai fini par me mettre d’accord avec l’ASM, et Jeannot est arrivé en même temps que moi en Principauté. Un heureux hasard (sourire) !

Quel type de coach Jean Tigana était-il ?

J’avais une bonne relation avec lui. Ce qui m’a surtout plus chez lui, c’est qu’il responsabilisait les joueurs. Il n’était pas là à nous dire tout ce qu’il voulait qu’on fasse sur le terrain, il nous faisait confiance. En tant que joueur, il prenait beaucoup d’initiatives. Dans son costume de coach, il ne voulait donc que des leaders dans son équipe. Personnellement je faisais partie des leaders techniques. Pourtant à mes débuts, on me disait : « À Monaco, il n’y a que des internationaux. Toi tu arrives de Martigues, donc ça va être dur. Déjà si tu te retrouves sur le banc, ce sera bien ! ».

Mais dans ma tête, j’étais surtout content de profiter des autres, qui allaient pouvoir me donner les clés du jeu ou me mettre dans de bonnes conditions pour pouvoir finir les actions. Quand nous étions montés en Première Division avec Martigues, j’avais déjà ce rôle-là. Puis en très peu de temps, c’est ensuite mes coéquipiers qui ont profité de mon jeu. Tout le monde me cherchait pour que je fasse le jeu, même s’il y avait d’autres joueurs de très grande qualité.

Donner du plaisir à mes attaquants et aux spectateurs, c’était quelque chose de très important. Nous étions tout le temps à la recherche de la victoire, mais on voulait aussi pratiquer du beau jeu, et c’est ce que demandait Jean Tigana. Qu’on se projette vite vers l’avant et qu’on se procure beaucoup d’occasions de buts.
Ali BenarbiaSur le beau jeu

Quels étaient les autres leaders techniques de cette équipe ?

(Sans réfléchir) Enzo Scifo ! En plus de bien s’entendre sur le terrain, nous sommes devenus amis, jusqu’à partir en vacances ensemble. On s’entendait très bien. Parfois, on restait 30 à 45 minutes après l’entraînement pour travailler les bases techniques. On adorait ça ! C’était un joueur très professionnel, très pointilleux sur la préparation physique et technique, tous les atouts pour le haut niveau. Malheureusement nous n’avons pas pu jouer ensemble très longtemps, parce que le coach ne voulait évoluer qu’avec un seul meneur de jeu. Et ensuite Enzo a eu quelques pépins physiques qui l’ont beaucoup gêné. C’est dommage, car on s’entendait très bien !

Vous avez aussi alimenté de grands attaquants durant ces trois saisons…

Quand tu as la chance d’avoir des attaquants comme Mickaël Madar, Sonny Anderson, Thierry Henry, David Trezeguet, Laurent Viaud, Dan Petersen… qui demandent souvent le ballon, notamment dans la profondeur, c’était du pain béni pour moi. Il ne faut pas oublier que l’AS Monaco a toujours été considérée comme une équipe très offensive et très technique. C’est ce qui m’a plu ici ! Donner du plaisir à mes attaquants et aux spectateurs, c’était quelque chose de très important. Nous étions tout le temps à la recherche de la victoire, mais on voulait aussi pratiquer du beau jeu, et c’est ce que demandait Jean Tigana. Qu’on se projette vite vers l’avant et qu’on se procure beaucoup d’occasions de buts.

Et quand tu avais des joueurs derrière toi aussi propres dans la relance que Franck Dumas, Eric Di Meco ou encore Patrick Blondeau qui jouait dans mon couloir droit, quand je rentrais ensuite dans l’axe, ça me mettait dans de très bonnes dispositions. Patrick me trouvait les yeux fermés, il me connaissait par coeur ! Et quand tu es meneur de jeu et que tu reçois vite le ballon, dans de bonnes conditions, c’est beaucoup plus simple pour pouvoir servir correctement les attaquants. Un joueur comme David Trezeguet, qui arrivait très bien à garder la balle dos au but pour faire remonter le bloc, me facilitait la tâche pour dispatcher le jeu. Et quand un attaquant de sa trempe touche 12 ou 15 ballons au lieu de 2 ou 3, automatiquement il marque beaucoup plus.

Nous sommes menés 1-0 sur un penalty concédé par Thierry Henry. A la 60e minute Jeannot me fait signe d’aller m’échauffer. (...) Au final je rentre et sur mon premier ballon, je fais un crochet dans l’axe et j’envoie Sonny Anderson entre les deux défenseurs, qui égalise !
Ali BenarbiaUn but marquant

Y a-t-il une passe décisive ou un but qui vous reste particulièrement en mémoire ?

Je vais dire mon premier but, car il y a une histoire assez drôle ! Je venais d’arriver, et je m’étais fait mal pour mon dernier match avec Martigues avec qui j’avais marqué. Pascal Olmeta à l’époque était sorti de son but et j’avais marqué de 30-35 mètres. Mais j’avais une petite contracture, qui fait que j’étais sorti à la mi-temps. En arrivant à Monaco, je me faisais donc chambrer parce que j’arrivais blessé et à l’entraînement je trottinais pendant que les autres se préparaient. Jean Tigana m’avait quand même pris dans le groupe pour le premier match de la saison contre Rennes en 1995-1996.

A l’échauffement je fais un petit piqué et je sens une douleur. Mais le kiné de l’époque, Michel Franco, me dit que ça va aller. Nous sommes menés 1-0 sur un penalty concédé par Thierry Henry. A la 60e minute Jeannot me fait signe d’aller m’échauffer. J’y vais tranquille, et à 15-20 minutes de la fin du match il m’appelle. Je me retourne vers le banc où il y avait Victor Ikpeba notamment et le kiné, et je me demande s’il ne s’est pas trompé. Au final je rentre et sur mon premier ballon, je fais un crochet dans l’axe et j’envoie Sonny Anderson entre les deux défenseurs, qui égalise ! Ensuite je redonne un ballon en cloche à Ikpeba qui bute sur le gardien, et c’est Laurent Viaud qui marque. Finalement, on gagne le match 3-1 ! Un très bon souvenir.

Vous avez connu à cette époque deux belles épopées européennes, même si gâchées par deux clubs italiens…

J’étais déjà content d’arriver dans un club où j’allais pouvoir jouer la coupe d’Europe. Malheureusement la première saison, avec cette douleur à la cuisse je n’avais pas pu jouer contre Leeds. On avait été éliminés dès le premier tour, avec un imbroglio au niveau des gardiens, car les deux étaient blessés et c’est Claude Puel qui avait finalement gardé la cage. Ça nous a quand même permis de bien finir la saison, avec huit ou neuf victoires d’affilée en championnat, pour terminer à la deuxième place. La saison d’après on fait une année magnifique avec ce titre de champion de France 1997 et ce parcours en Coupe UEFA. En quart de finale, on bat Newcastle avec notamment une victoire 3-0 où je mets un doublé.

Mais Sylvain Legwinski et Franck Dumas prennent un carton jaune, et sont suspendus pour le match aller contre l’Inter Milan. Ils nous ont beaucoup manqué ! Sylvain faisait un boulot monstre au milieu. Et c’est marrant quand j’y pense, car on jouait de façon très offensive, tout en ayant trois milieux à vocation défensive avec Legwinski, Djetou et Collins. On jouait en 4-3-1-2, avec Anderson-Henry ou Ikpeba devant, et la charnière Dumas-Grimandi derrière qui était très solide. Sans les deux à l’aller, ça été très dur ! Surtout qu’on connaissait l’arbitrage à domicile de l’Inter, avec ce but sur coup franc alors que le ballon roulait… Plus un carton rouge, ça faisait beaucoup !

A l’aller contre la Juve en 1998, tu as pratiquement la moitié de l’équipe qui n’est pas là. David Trezeguet n’était pas à 100%, Titi Henry avait pris un coup sur le pied, et moi je m’étais fracturé la main la veille à l’entraînement. Ça faisait beaucoup ! J’avais passé toute la matinée à l’hôpital, pour qu’ils me posent une attelle spéciale.
Ali BenarbiaSur l'élimination contre la Juve

Martin Djetou s’était également vu refuser un but de la tête au retour…

Exactement, et ça changeait tout, parce qu’on pouvait mener 2-0 ! Mais à l’époque, l’AS Monaco n’était pas encore considéré comme une grosse écurie européenne, et souvent tu avais un arbitrage maison avec les cadors. Les clubs français, on ne faisait pas trop attention à eux. Mais dans ces moments-là, il faut aussi avoir toute l’équipe. À l’image de la saison d’après, quand on joue la Juventus Turin en Champions League.

A l’aller, tu as pratiquement la moitié de l’équipe qui n’est pas là. David Trezeguet n’était pas à 100%, Titi Henry avait pris un coup sur le pied, et moi je m’étais fracturé la main la veille à l’entraînement. Ça faisait beaucoup ! J’avais passé toute la matinée à l’hôpital, pour qu’ils me posent une attelle spéciale. Ensuite dans le déroulé du match, il n’y a pas penalty sur Zizou, il le sait (sourire) ! On prend deux penalties et un coup franc. Alors certes la Juve était au-dessus de nous, mais nous n’étions pas en possession de tous nos moyens. En revanche ce qui est bien, c’est que nous avons quand même gagné le match retour, et ça c’était important, aussi bien contre l’Inter que contre la Juve !

Il y a ce titre de 1997 qui vient malgré tout couronner de succès cette équipe !

C’est certain qu’en trois ans, gagner le premier titre de champion de France de l’AS Monaco depuis 1988, finir trois fois sur le podium de l’élite, et faire deux demi-finales de coupe d’Europe, une en Coupe UEFA et une en Champions League, c’était très abouti ! Je pense que si on avait pu garder l’année d’après le titre, des joueurs importants comme Manu Petit, Sonny Anderson, Patrick Blondeau ou encore Gilles Grimandi, on aurait eu le potentiel pour faire quelque chose en C1 ! Sincèrement. On avait la chance d’avoir un gardien international qui était exceptionnel, Fabien Barthez, une paire de centraux Dumas-Grimandi qui était très solide et qui s’appréciait, de très bons latéraux, et des joueurs de haut niveau au milieu et devant. On aurait pu faire très mal !

Même si j’ai passé dix années à Martigues, qui est le club qui m’a lancé, mon club que j’adore reste l’AS Monaco. J’ai vécu trois années exceptionnelles, et connu beaucoup de belles personnes là-bas. J’aurais aimé y rester beaucoup plus longtemps.
Ali BenarbiaSur sa relation avec l'AS Monaco

Et puis il y avait du caractère dans cette équipe !

C’est certain. Quand tu sais que tu avais des joueurs comme Manu Petit, Patrick Blondeau, Gilles Grimandi ou même Sylvain Legwinski, tu pouvais être bon techniquement dans le jeu, mais surtout tu pouvais aller à la bagarre ! Surtout en Ligue des Champions quand tu tombais contre les Anglais qui pensaient nous rouler dessus, ça leur faisait tout drôle (rires). Même Manchester United a été surpris qu’on ait autant de répondant, alors que c’était déjà la grosse équipe !

Et en plus d’être une équipe combative, vous étiez une famille…

Exactement ! Ce n’était pas comme maintenant où chacun rentre chez lui après l’entraînement. On se retrouvait souvent au Café de Paris, au Casino pour s’amuser, ou pour manger un bout ensemble. A la fin des matchs, pareil ! Personne ne rentrait chez lui après l’avion, on allait tous au restaurant Tip Top à Monaco. On regardait ensemble les résumés des matchs devant Téléfoot. On se retrouvait aussi à la Turbie pour prendre un croissant au petit-déjeuner, même si Jeannot Tigana n’aimait pas trop ça je pense (sourire) ! Avec Madar, Di Meco… on s’entendait bien ! On passait peut-être moins de temps au centre d’entraînement qu’aujourd’hui, mais on avait la chance de se voir et de profiter de moments ensemble en dehors. Parce qu’on prenait du plaisir !

Pour finir, avec le recul, qu’a représenté pour vous l’AS Monaco ?

C’est beaucoup plus qu’un tremplin. Je dirais à la fois un aboutissement et une continuité, dans le sens où j’ai eu la chance de connaître un grand président, M. Jean-Louis Campora, que j’apprécie encore beaucoup. J’ai eu le privilège de connaître le Prince Rainier et d’être assez proche du Prince Albert, car nous partageons cette même passion pour le sport. Et puis j’apprécie l’endroit, je reviens souvent à Monaco. J’ai plaisir à y venir. Même si j’ai passé dix années à Martigues, qui est le club qui m’a lancé, mon club que j’adore reste l’AS Monaco. J’ai vécu trois années exceptionnelles, et connu beaucoup de belles personnes là-bas. J’aurais aimé y rester beaucoup plus longtemps.

Rise. Risk. Repeat.

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