Il termine très fort cet exercice 2025-2026, à l’image des résultats du Cercle Bruges. Encore engagé dans les play-offs de relégation, même si le club cousin de l’AS Monaco est d’ores et déjà assuré de rester en Jupiler Pro League la saison prochaine, Edan Diop a pris le temps de se confier. Entre ses performances en Belgique, sa progression et son passage à l’Academy, entretien avec celui qui a été formé au pied du Rocher. Interview 🎙️
Bonjour Edan. Pour commencer, comment te sens-tu ? Tu termines la saison en boulet de canon avec 4 buts et 2 passes décisives sur tes sept derniers matchs…
Il y a eu un match "charnière" on va dire, c’est contre Anderlecht, lors de la dernière journée de la saison régulière, juste avant les play-offs. A ce moment-là, le coach venait de partir, et son adjoint Jimmy (De Wulf) m'a beaucoup parlé. Il m'a dit qu’il me faisait confiance sur ce match contre Anderlecht et en prévision des play-offs, qu’il comptait sur moi et qu'il fallait que je donne tout avant que je retourne à Monaco. Donc à partir de là, ça s'est bien passé, puisqu’on gagne à Anderlecht. Ce succès a comme "recréé" un un groupe, c’était vraiment fondateur. On a retrouvé une équipe qui avait surtout envie de gagner ensemble, car je continue de penser que nous ne sommes pas du tout à notre place en championnat (14e place à l’issue de la saison régulière, ndlr). Pour moi c'est donc ce match qui a vraiment révélé le potentiel de l'équipe.
Raconte-nous la phase de play-offs qui a suivi.
Finalement ils sont très vite arrivés dans la foulée, et on a réussi à enchaîner et à concrétiser le travail réalisé. Tout part de cette belle performance à Anderlecht, et on va maintenant essayer de récidiver sur les deux dernières rencontres. Le maintien ? Ce n’était pas vraiment l’objectif affiché par le coach, puisqu’il nous était quasiment impossible de descendre. En revanche, il nous a fixé le but de finir à la première place de ces play-offs et d’essayer de tout gagner. Encore une fois, nous voulons montrer que nous n'étions pas à notre place. C'est important de toujours se fixer des objectifs, pour tout le monde, se donner un autre challenge !
De quel but es-tu le plus fier ou qui a été le plus important pour toi ?
Justement c’est celui d'Anderlecht pour moi, où je marque de la tête sur un centre venu de la droite ! C'est ce but qui m’a fait sortir de ma zone de confort et qui m’a fait me dire que je devais prendre les choses en main et que je montre ce que ce que je sais faire, même si je l'avais déjà un peu fait plus tôt dans la saison. Je voulais être décisif pour mon équipe et montrer que je suis un leader.
Mon objectif principal en arrivant en prêt ici était de faire une saison complète ! Et je dirais qu’avant cela, le plus important pour moi était également de ne pas me blesser. Finalement au fur à mesure, je vois que je joue et que je commence à enchaîner. (...) Donc pour moi oui, c'est une saison qui m'a fait extrêmement grandir, notamment en termes de professionnalisme !
Edan Diop
Justement, tu avais déjà pris tes responsabilités contre Genk en première partie de saison en tirant un penalty alors que vous étiez menés 2-1. Raconte-nous…
En fait, le premier tireur était absent, donc je me suis dit pourquoi pas en fait ? Je sais tirer les penalties, et qu’il faut pour cela effectuer un geste fort. J'ai réussi, ce qui veut aussi dire d’une certaine manière que j'ai du caractère ! C’était important pour moi encore une fois de montrer de quoi je suis capable.
Tu termines la première saison pleine de ta carrière en étant titulaire indiscutable. Dirais-tu que c’est la saison qui t’as fait le plus grandir ?
Oui, d’autant que mon objectif principal en arrivant en prêt ici était de faire une saison complète ! Et je dirais qu’avant cela, le plus important pour moi était également de ne pas me blesser. Finalement au fur à mesure, je vois que je joue et que je commence à enchaîner. A partir de ce moment-là, je n’avais plus l’appréhension de me blesser, ça disparaît totalement de mon esprit. Et c'est là que ta saison commence et qu’il faut performer. Donc pour moi oui, c'est une saison qui m'a fait extrêmement grandir, notamment en termes de professionnalisme !
Tu parles des blessures qui avaient freiné ta progression les deux saisons précédentes à Monaco. Est-ce donc l’autre grosse satisfaction de ta saison, le fait d’avoir eu de la continuité sans pépins physiques ?
Je dis toujours que le principal, ce n’est même pas de faire des “stats”, mais de rester toujours en bonne santé, c'est ce qui est primordial pour moi ! Donc oui, c'est effectivement un point très positif, parce que je me dis que je peux enchaîner des saisons à 30-40 matchs, que mon corps répond à cette charge, et ça, ça fait plaisir.
Tu as joué la majorité de la saison à un poste de milieu gauche que tu connaissais assez peu. Comment expliques-tu que tu te sois aussi bien senti dans ce rôle ?
Honnêtement j'ai apprécié, mais surtout le fait d’avoir pu aider mon équipe. Ça m'a fait plaisir de dépanner dans cette position, d’autant que j'ai appris un nouveau poste. Cela montre que je peux un peu jouer un peu partout, que ce soit au milieu ou sur un côté. C'était une autre expérience, un autre challenge à relever. Et pour moi, je l'ai très bien réussi, donc je suis satisfait.
Personnellement, je préfère rester à l'intérieur du jeu pour être aussi plus proche du but, car c’est là que tu peux marquer, dans la surface. Alors que Nazinho au contraire colle toujours la ligne, donc le but était de lui laisser le champ libre et de densifier l’axe.
Edan Diop
Tu as malgré tout marqué la plupart de tes buts en te recentrant dans l’axe. Était-ce une consigne du coach de venir densifier l’axe et de te retrouver en position de pouvoir être décisif, en plus de laisser le couloir à Nazinho ?
C'est exactement ça ! Personnellement, je préfère rester à l'intérieur du jeu pour être aussi plus proche du but, car c’est là que tu peux marquer, dans la surface. Alors que Nazinho au contraire colle toujours la ligne, donc le but était de lui laisser le champ libre et de densifier l’axe. Notre relation technique ? Nous nous sommes très bien entendus naturellement tous les deux. Étant sur le même côté, tu développes logiquement une meilleure entente avec ton excentré.
Dirais-tu que le fait de lutter pour le maintien du Cercle en Jupiler Pro League t’a renforcé mentalement ?
Oui, c’est certain, même si en début de la saison nous avions très bien commencé. Nous étions parmi les meilleures équipes, avant de connaître une série assez compliquée. Mais on n'a rien lâché, vraiment, on est resté soudés. En tout cas, j'ai beaucoup appris cette saison, notamment au moment où il fallait faire repartir la machine. Même quand tu perds ou que tu fais un nul, ce n’est que de l'apprentissage pour la suite. Il ne faut donc jamais lâcher et rester avec le groupe.
Ton expérience acquise lors des saisons précédentes à l’AS Monaco t'ont-elles servi dans la gestion de cet exercice ?
Bien sûr, même si à Monaco tu as plus l’habitude de gagner souvent des matchs. Là-bas j'ai appris que même quand tu gagnes, il faut faire repartir la machine à chaque fois ! Et qu'il faut continuer, garder le même rythme pour chaque match, même si ce n'est pas le même match à chaque fois. J’ai appris ça à Monaco, avant d’apprendre à enchaîner au Cercle Bruges, où j'ai aussi pris beaucoup d'expérience, donc je suis très content de mon année ici.
Avec le recul, quel est ton ressenti sur le football belge qu'on connaît assez peu finalement depuis la France ?
Dans le championnat, il y a vraiment deux ou trois équipes qui sortent du lot, des formations de niveau Ligue des Champions, comme l'Union Saint-Gilloise et le Club (Bruges), ou de Ligue Europa, comme Genk, qui a fait un huitième de finale cette saison (9e de la phase régulière, ndlr). Sans oublier Anderlecht, qui fait partie des clubs historiques en Belgique. Après il y a cette zone de milieu de tableau où nous aurions dû être cette année selon moi. Mais le niveau global reste élevé dans les gros matchs, il y a une certaine pression. Donc c’est vraiment un bon championnat avec un niveau d'intensité qui est dur ! Je n’irais pas jusqu’à dire que c'est au-dessus de la Ligue 1, mais ça commence à s’en rapprocher.
Si tu devais résumer cette saison au Cercle en un mot, quel serait-il ?
(Il réfléchit) Expérience ! Je pense effectivement que c’est une saison qui m’a permis de vraiment lancer ma carrière. Avec beaucoup de temps de jeu, des matchs pleins, des statistiques aussi, ça ne peut que m’être bénéfique d’avoir vécu cette année au Cercle.
C’était en Ligue Europa contre le Bayer Leverkusen si je ne me trompe pas. Ce que j’avais ressenti ? Je ne m'y attendais pas du tout déjà pour être franc ! J’étais donc surpris et à la fois quand on t'appelle, c'est là c'est le moment, c'est là où faut où faut montrer ce que tu sais faire.
Edan Diop
Pour revenir à tes débuts en pro’ à l’AS Monaco, te souviens-tu de ta première en match officiel ?
Oui, c’était en Ligue Europa contre le Bayer Leverkusen si je ne me trompe pas (en 16e de finale retour). Ce que j’avais ressenti ? Je ne m'y attendais pas du tout déjà pour être franc ! J’étais donc surpris et à la fois quand on t'appelle, c'est là c'est le moment, c'est là où faut où faut montrer ce que tu sais faire. Donc après l’effet de surprise laisse place à l’excitation et la volonté de bien faire.
Et qu’as-tu ressenti lorsque tu as inscrit ton premier but avec les Rouge et Blanc contre Strasbourg ?
Franchement, j’étais très fier ! Je revois l'action de temps en temps, et je me dis qu’il y a quand même eu du chemin parcouru depuis. Mais sur le moment, je suis évidemment très content, simplement heureux ! D’autant que je crois qu’Eliesse (Ben Seghir) avait également marqué ce jour-là, donc c'était un peu le match de l'Academy !
Était-ce spécial de marquer ce premier but en pro avec ton club formateur ?
Oui, surtout quand tu repenses à tout ce que tu as fait depuis ton arrivée au centre de formation pour aboutir à ça ! Tu passes par les U17, les U19, le Groupe Elite… Tu repenses à tous ces moments vécus et t’as encore plus envie de prouver, de continuer, de montrer ce que tu sais faire à tout le monde. Tu repenses aussi aux coachs que tu as côtoyés, notamment Manu (Dos Santos), Bari’ (Frédéric Barilaro) et Damien (Perrinelle), et ça te rend d’autant plus fier.
C’est simple, ils prennent les meilleurs, car tout le monde a envie de venir à l’AS Monaco, donc ils prennent le top. Et ensuite sur la formation, tu as tout simplement de très bons coachs qui sont là pour t'accompagner et en même temps pour t'éduquer en tant qu'homme !
Edan Diop
Justement cette année le Club célèbre les 50 ans de l’Academy. Avec le recul, que t’as apporté la formation monégasque, et pourquoi est-elle si réputée selon toi ?
Déjà, si elle est si réputée, c’est avant tout parce qu’il y a un bon recrutement ! Quand ils viennent te chercher à 12-13 ans, c'est qu’il y a eu tout un travail de repérage. Même si on sait à peu près qui est capable de "sortir", il y a parfois des surprises, mais pour moi la cellule de recrutement fait un boulot extraordinaire ! C’est simple, ils prennent les meilleurs, car tout le monde a envie de venir à l’AS Monaco, donc ils prennent le top. Et ensuite sur la formation, tu as tout simplement de très bons coachs qui sont là pour t'accompagner et en même temps pour t'éduquer en tant qu'homme ! Car quand tu sors du centre, tu n’es plus un jeune, c'est la vraie vie dehors, et ils te préparent à cela. C'est comme ça que je vois l’Academy, qui encore une fois a été très importante pour moi dans mon parcours.
Que gardes-tu en tête de ces années ?
Que des bons souvenirs ! Que ce soit au niveau de la scolarité, avec les profs à l'école, ou bien au niveau sportif, je n’ai que des bons souvenirs. Le coach qui m'a le plus marqué ? C’est Bari’ (Frédéric Barilaro) ! C’est lui qui m’a poussé vers le haut, qui m’a inculqué cette volonté de ne jamais lâcher. Même si c'était parfois compliqué et que je ne jouais pas, il était toujours là ! Il avait confiance en moi, donc je voudrais le remercier pour tout ce qu'il a fait pour moi.
Justement tu n’es pas le seul, il en a formé beaucoup. Est-ce une fierté pour toi de faire partie de cette liste de joueurs sortis du centre de formation de l'AS Monaco ?
Ça fait plaisir c’est certain, d’autant plus quand tu vois les grands noms qui en sont sortis ! Cela met une certaine pression aussi, car il faut à son tour écrire son nom, il faut que les gens se rappellent de toi. Donc c'est maintenant que tu construis ta carrière et qu'il faut aller le plus loin possible parce qu’être à côté de ces noms-là, c'est un c'est un privilège !
Cette saison, les U19 sont qualifiés pour la phase finale du championnat, comme ta génération avec Yann (Lienard), Mamadou (Coulibaly) et Eliesse (Ben Seghir) notamment. Que retiens-tu de ce parcours ?
Pour moi, le moment le plus fort reste la demi-finale remportée contre le Paris Saint-Germain ! C'est à ce moment-là que je devais sortir, et j’inscris un doublé pour nous qualifier pour la finale du championnat. J’étais très content pour moi, mais aussi très heureux pour l'équipe, de les emmener en finale. Ça reste un de mes meilleurs souvenirs !
C’est dur à dire, je ne sais pas en fait, je n’ai pas les mots. (Il réfléchit) Je dirais une certaine folie, parce qu’il n’y avait que des fous dans cette équipe (sourire). Avec Eliesse (Ben Seghir), Yann (Lienard), Madou’ (Coulibaly)... c'était vraiment la bonne époque !
Edan Diop
Quel conseil donnerais-tu à la génération de cette année pour aller au bout cette fois ?
En sachant que nous avions très rapidement été réduits à dix en finale, je dirais que même s'il y a une erreur d'arbitrage ou quoi que ce soit qui ne se passe pas comme prévu, de continuer à jouer et de marquer, pour qu’il n’y ait aucune excuse, aucun regret ! Ils doivent se concentrer sur eux et sur leur jeu, sinon c'est là où tu peux perdre ton match.
Qu’est-ce que ta génération avait de spécial ?
C’est dur à dire, je ne sais pas en fait, je n’ai pas les mots. (Il réfléchit) Je dirais une certaine folie, parce qu’il n’y avait que des fous dans cette équipe (sourire). Avec Eliesse (Ben Seghir), Yann (Lienard), Madou’ (Coulibaly)... c'était vraiment la bonne époque ! Et quand je dis fou, ce n’est pas péjoratif, c’est juste qu’on avait quand même une sacrée équipe ! Je n’en garde que des bons souvenirs, vraiment. Il y avait une certaine osmose, c'était une famille avec que des bons gars. On se tirait tous vers le haut !
Cela fait partie de tes moments forts passés à l’Academy. Quel autre moment ou match t’as le plus marqué durant ces années ?
(Il réfléchit) Je dirais quand même la victoire contre Manchester United à Old Trafford ! C'était vraiment magnifique, dans un beau stade, avec près de 10.000 personnes en plus, et on gagne là-bas, donc forcément ça marque. Après j'ai un autre moment qui me vient en tête, c'est quand le coach Philippe Clément fait appel à moi en match amical contre le FC Porto. C’était ma première fois avec le groupe pro’, donc tu prends confiance et c’est là que la machine se lance.
Pour finir, aurais-tu un mot pour les personnes qui ont contribué à ton évolution au centre, que ce soit les éducateurs, les coachs, les professeurs ou les maîtres d'internat ?
Merci beaucoup, tout simplement ! Un grand MERCI pour tout ce qu'ils ont fait pour moi. D’autant que ce n’était pas facile, car j’ai connu la saison du COVID, où nous n’avons passé que cinq mois au centre avant de rentrer chez nous. Donc merci à eux.
*Crédits photos Jupiler League : Cercle Bruges