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Carnet 09 mars 2021, 10:30

Youri Djorkaeff, un champion du Monde façonné en Principauté

Youri Djorkaeff, un champion du Monde façonné en Principauté
Avant le match retour entre le PSG et l’AS Monaco, l’ancien meneur de jeu des Rouge et Blanc avait pris le temps de retracer son parcours au pied du Rocher, où il a fait décoller sa carrière. Retour sur cet entretien, alors que le "Snake" fête aujourd'hui ses 53 ans. L'AS Monaco lui souhaite donc un joyeux anniversaire.

Il le dit lui-même, il a tout connu à Monaco. Tout est parti de là. Avant de devenir champion du Monde avec les Bleus en 1998 et de remporter l’Euro 2000 avec cette même génération dorée, Youri Djorkaeff s’est révélé aux yeux de tous au pied du Rocher. Avec la Diagonale sur les épaules.

Des liens forts tissés avec les Bleus de Monaco

Reconnaissant envers le club qui lui a permis de se faire un nom en France et en Europe, mais également de nouer des liens très forts avec ses futurs coéquipiers en équipe de France, le « Snake » n’oublie pas ce qu’il a vécu en Principauté. C’est donc un brin nostalgique de ces années passées en Rouge et Blanc, que l’ancien meneur de jeu tricolore, aujourd’hui à la tête de la FIFA Foundation, a accepté de prendre un peu de recul sur son parcours. Entretien.

Bonjour Youri. Pour commencer, rappelez-nous dans quel contexte vous arrivez à l’AS Monaco en 1990.

C’est Arsène Wenger qui me fait venir. À l’époque, je suis élu meilleur joueur de Ligue 2 avec Strasbourg. Je termine deuxième meilleur buteur du championnat avec 20 buts je crois (21 buts et 9 passes décisives exactement, ndlr). Malheureusement on loupe la montée dans l’élite au niveau des barrages, alors qu’on fait une très grande saison. C’est ma première saison avec Strasbourg, et beaucoup de clubs s’intéressent à moi, dont l’AS Monaco. Mais Strasbourg ne veut pas me laisser partir à la fin de cette saison.

Arsène continue de me suivre et fait le forcing et j’arrive finalement en tant que joker au mois d’octobre. C’était une période assez spéciale pour moi, car en même temps j’étais au bataillon de Joinville pour faire mon service militaire. Donc c’était bizarre, je débarquais dans un univers totalement différent, dans une région que je ne connaissais pas, avec une étiquette de jeune prometteur. C’était le plus gros transfert de l’AS Monaco à l’époque, donc j’arrive avec pas mal de pression sur les épaules.

Qu’est ce qui a fait que vous avez su vous adapter rapidement au contexte ?

A l’époque, j’étais à l’armée avec Manu Petit, qui sortait justement du centre de formation de Monaco. Donc ça m’a aidé à être dans le bain tout de suite, le fait de faire l’armée ensemble et de jouer dans le même club, ça nous a rapproché. J’ai pu créer des liens assez forts avec lui. Et puis en tant que joker, tu n’as pas le temps de gamberger, t’es obligé de t’intégrer rapidement. D’ailleurs ça s’est plutôt bien passé puisque cette saison on gagne la Coupe de France en battant Marseille 1-0 en finale. Donc satisfait de mes débuts, d’autant que je vais rencontrer des grands joueurs par la suite à l’AS Monaco. C’était vraiment bien.

Vous héritez à l’époque du rôle de Glenn Hoddle dans cette équipe. Pas simple, non ?

J’ai toujours rêvé de jouer avec lui, malheureusement il est parti juste avant que j’arrive. C’est certain que ça n’a pas été facile, car auparavant dans les clubs où j’étais, j’avais un statut de leader. Donc il a fallu faire mon trou, gagner ma place. C’était un vrai challenge. Mais Arsène m’a expliqué pourquoi il comptait sur moi, et à partir de là tu donnes le maximum. Tous mes premiers succès, je les ai connus avec l’AS Monaco. Mes premières sélections en équipe de France (1993), mes premiers titres, j’ai également terminé meilleur buteur du championnat en 1994. J’ai eu la chance de jouer des coupes d’Europe et de connaître la Ligue des Champions. L’AS Monaco a été plus qu’un tremplin pour moi, j’ai pu m’y épanouir.

Avez-vous des souvenirs au Stade Louis-II ?

J’adorais y jouer. Tout le monde reproche à l’AS Monaco qu’il n’ y a pas de supporters au stade. Les joueurs qui se plaignent de ça ne devraient pas signer à l’AS Monaco. En tout cas s’il y a bien une chose qui définit ce club, c’est le beau jeu. Nous étions un peu les garants de cela. Car la Famille princière était vraiment adepte du beau jeu, et il y avait une qualité de football à l’AS Monaco qui entretenait cette idée. Et c’était très agréable de faire partie de cette volonté d’aller de l’avant, de pratiquer du beau football.

D’autant que vous avez évolué aux côtés de grands joueurs…

Bien sûr. J’ai joué avec Enzo Scifo, Jürgen Klinsmann, Rui Barros qui étaient des joueurs magnifiques. Il y avait aussi Marcel Dib, Luc Sonor, Claude Puel, Manu Petit, Lilian Thuram, nous avions une grosse équipe. Et d’ailleurs je pense que l’on a été l’un des premiers clubs en France, avec l’Olympique de Marseille, à en finir avec le complexe des clubs français en coupes d’Europe. Aussi bien le Steaua Bucarest que le FC Barcelone, on avait la sensation de pouvoir gagner contre tout le monde, que ce soit à domicile comme à l’extérieur. On a vraiment été décomplexés de ce syndrome européen que tous les clubs avaient auparavant.

On se souvient de cette campagne en Ligue des Champions où on ne tombe que contre le grand AC Milan en demi-finale en 1994. D’ailleurs ils gagneront le titre cette année-là. Avant ça on avait perdu en finale de Coupe de Coupes face au Werder Brême. Entre ces deux évènements, on a amené le club à un certain niveau, mais encore une fois on a décomplexé le football français. On a aussi en France des grands joueurs, des grands clubs. Marseille l’a prouvé en même temps que nous. C’est à partir de ce moment-là qu’on a commencé à parler vraiment de la France en Europe.

C’était la volonté à l’époque d’Arsène Wenger et du Président Campora, de faire passer l’AS Monaco dans une autre dimension…

Exactement. Je crois que c’est cette équation de personnes qui avaient la même vision pour le club, qui a fait que nous avons connu de telles années. Autant Arsène que le Président Campora mais aussi la Famille princière, tout le monde avait la volonté d’amener l’AS Monaco au plus haut. Et je pense que depuis ces années-là, même si parfois il y a eu des hauts et des bas, le club a toujours voulu représenter quelque chose qui ne s’arrêtait pas aux frontières de Monaco.

Quels joueurs vous ont-ils particulièrement marqué tout au long de ces cinq années ?

Je pense à Manu Petit et Lilian Thuram, que j’ai connus très jeunes, puisque Lilian sortait à peine du centre de formation quand je suis arrivé. C’est avec eux que j’ai eu un lien vraiment fort. Même avec George Weah, qui est arrivé tel un diamant brut. Sincèrement c’était quelque chose George. Même s’il n’a pas fait sa formation à l’AS Monaco, c’était le symbole de ce club qui faisait briller ses jeunes. C’était un vrai personnage. On jouait tous les deux devant, donc c’est vrai que j’avais beaucoup d’affinités avec lui. Derrière il est devenu Ballon d’Or et a fait une grande carrière. On l’a vu arriver George, avec sa force physique, mais aussi son intelligence de jeu. Il a été façonné à l’AS Monaco.

C’est la marque de fabrique de l’AS Monaco selon vous ?

Tout à fait. Je crois que c’est dans l’ADN du club et il faut garder cette spécificité. Le centre de formation de l’AS Monaco est un outil incroyable qui a toujours fonctionné. Déjà à l’époque dans les années 80. De Manuel Amoros à Bruno Bellone en passant par Christian Dalger, « Tonton » Jean-Luc Ettori. On peut même remonter à Jeannot Petit, Henri Biancheri. Tous ces joueurs qui ont fait aussi l’histoire de l’AS Monaco et qui étaient des adeptes du beau jeu.

Derrière il y a eu d’autres générations, avec Didier Deschamps également, qui a emmené le club en finale de Ligue des Champions. Avec toujours cette volonté d’aller de l’avant. L’AS Monaco ne sera jamais Manchester City, à faire 25 passes derrière pour trouver des décalages. Non, l’identité de ce club c’est comment aller vers l’avant en étant efficace, et en développant du beau jeu. C’est ça qui est intéressant.

Diriez-vous que les prémices de 1998 se sont créés au pied du Rocher ?

Encore une fois avec Manu, Lilian, mais aussi Fabien Barthez, David Trezeguet, Thierry Henry et moi, on était tout un groupe à avoir fait nos armes à l’AS Monaco. Il y avait cette connexion entre nous. Le centre d’entraînement de La Turbie on sait ce que c’est. On allait prendre nos douches dans l’algeco (rires). Les quelques milliers de supporters qui venaient au Stade Louis-II on les connaissait tous, c’est des gens qu’on voyait souvent. C’était une famille. Et on a toujours pris du plaisir à se revoir et à en parler. Entre nous, je n’ai jamais entendu un seul joueur parler en mal de l’AS Monaco. L’ambiance qu’il y avait au club fait que nous avons toujours été fidèles. Et l’ASM a toujours été fidèle à nous.

Arsène Wenger a-t-il eu un rôle particulier dans votre carrière ?

Bien évidemment. Cela n’a pas été le plus facile du point de vue de nos rapports, mais il a été très important pour moi. J’en rigole parce que nous en parlions encore ensemble la semaine dernière à Doha. Nos bureaux sont pratiquement collés d’ailleurs à la FIFA ici à Zurich. On parle souvent de ces périodes-là, et j’expliquais récemment à Kaka et à Mascherano comment Arsène me faisait râler parfois (sourire). Mais je crois que par sa philosophie, son souci du détail, sa volonté de réussir, son ambition, c’était un entraîneur incroyable.

Il nous faisait faire des séances d’une heure et demi intenses, avec des tacles qui partaient parfois, c’était quelque chose. Claude Puel, je peux vous dire que chaque entraînement était un Derby pour lui. Quand tu étais au milieu de terrain, il valait mieux faire attention à ce que tu faisais. Parce qu’entre Marcel Dib et Claude Puel, il ne fallait pas chambrer (sourire). Sincèrement c’était rude, il n’y avait pas de cadeaux. Mais c’est ce qui faisait aussi qu’il y avait de l’intensité et que personne ne tirait la couverture à soi. Chacun prenait ses responsabilités et voulait être sur le terrain le jour du match.

Vous en gardez de bons souvenirs en tête…

Les entraînements avec Arsène, c’était de bons moments oui. J’ai bien aimé aussi la période avec Gérard Banide, qui a quand même représenté quelque chose à l’AS Monaco au niveau de la formation. On avait eu aussi un court épisode avec Jean-Luc Ettori qui était très intéressant sur le banc. Je pensais qu’il aurait fait carrière dans le coaching par la suite. A l’époque les joueurs se connaissaient vraiment bien, le groupe était uni autour de lui.

Un match ou un but en particulier vous a-t-il marqué ?

(Il réfléchit) Il y a eu beaucoup de matchs avec l’AS Monaco qui ont été marquants. Mais pour faire un clin d’œil au match de ce week-end, je retiendrais peut-être ce PSG-Monaco au Parc des Princes, où je mets une lucarne à Bernard Lama sur coup franc dans les arrêts de jeu. Ce sont des moments marquants. mais sincèrement tous les matchs avaient une saveur particulière. On avait un milieu de terrain de fou à l’époque, je finis meilleur buteur du championnat en 1994. Pratiquement tous les matchs ou un match sur deux je marquais un but dans n’importe quelle position. C’était incroyable.

Parlez-nous de votre court passage au Paris Saint-Germain (1995-1996), avec qui vous allez remporter la Coupe des Coupes.

Une fois que tu vas en finale de coupe d’Europe, tu apprends énormément. Et je me souviens très bien quand j’étais en finale contre le Werder Brême avec l’AS Monaco, je me suis dit qu’il fallait que j’y retourne pour aller la gagner. Mais je sais pourquoi on l’a perdu à l’époque. Nous n’étions pas prêts pour l’évènement, nous n’étions pas préparés comme il le fallait, car c’était la première fois qu’on allait en finale. Donc tu apprends beaucoup de ce genre de défaites. Quand j’arrive au Paris Saint-Germain, mon objectif c’était donc de retourner en finale. C’est ce qu’on a fait et on a gagné derrière, justement parce que nous étions prêts et le club était prêt.

Je crois que c’est un ensemble de choses. En tout cas cette année au PSG a été extraordinaire, et dans la continuité de ce que j’avais fait à l’AS Monaco. Pour moi, j’avais réussi à Monaco, à atteindre l’équipe nationale, et il fallait que je réussisse à Paris. C’était un challenge assez incroyable que j’ai relevé, et comme mon père avait joué au Paris Saint-Germain, c’est peut-être pour ça que je voulais réussir là-bas. C’était une possibilité pour moi de faire ce lien père-fils, tout en gagnant cette Coupe des Coupes magnifique, qui a amené ensuite le club dans une autre dimension.

Pour finir, que retenez-vous de cet exploit en 1998 et de votre relation avec Zinédine Zidane ?

Ce que l’on a fait en 1998, c’était extraordinaire. Déjà parce que c’était la première victoire de l’équipe de France en Coupe du Monde. A domicile. Puis surtout on a construit quelque chose, une force que la France n’avait pas auparavant dans le sport. Avant on avait des beaux joueurs, en 1982, en 1986 et forcément en 1984 (victoire à l’Euro, ndlr). Mais on n’avait jamais eu cette force. On a réussi à créer quelque chose qui aujourd’hui appartient à chaque français, chaque jeune footballeur. On a montré que c’était possible. On a désacralisé la victoire et surtout annihilé la défaite.

C’était ça qui était important je crois. Et s’il y a un symbole de cette Coupe du Monde c’est Zizou. Il a été avec nous le même qu’il a toujours été. Il n’a pas essayé de tirer la couverture vers lui. Il a été juste dans ses gestes, et je pense que c’était une récompense pour lui de marquer ces buts en finale. Mais c’était aussi une récompense pour nous, parce qu’on l’a soutenu, et c’était la récompense de tout ce qu’on avait fait auparavant. Je crois que c’est pour ça que ça a toujours fonctionné. En 1998 et en 2000 et même plus tard, c’est quelqu’un qui a toujours su ce que l’équipe de France lui avait donné.

Rise. Risk. Repeat.

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