Il est membre de l’une des plus belles générations que l’AS Monaco ait pu connaître. Arrivé en 1997 en provenance de Saint-Étienne à seulement 20 ans, Willy Sagnol s’est rapidement fait une place au sein d’un effectif d’une qualité XXL, participant pleinement à l’épopée jusqu’en demi-finale de Ligue des Champions en 1998 marquée par l’élimination de Manchester United en quarts, avant d’être sacré champion de France 2000.

Une interview réalisée aux côtés de Jean-Luc Ettori 🤝

De retour au Stade Louis-II à l’occasion du duel de la 8e journée de Ligue 1 entre l’AS Monaco et Lille, l’ancien latéral droit a ainsi pris le temps de se rappeler ses nombreux souvenirs au cours d’un riche entretien réalisé aux côtés de Jean-Luc Ettori, qui en a profité pour rajouter des anecdotes supplémentaires. Interview 🎙️

Bonjour Willy. Qu’est-ce que cela vous fait d’être de retour à Monaco, près de 20 ans après votre dernière visite ?

J’étais déjà revenu en coup de vent pour un match de tour préliminaire de Ligue des Champions mais c’est vrai que cela faisait longtemps que je n’avais pas pris le temps de revoir les anciens de la maison, la faute à l’éloignement malheureusement. Désormais, je suis de nouveau dans la région, c’était l’occasion parfaite pour venir au Stade Louis-II et je suis très heureux d’être à Monaco.

Vous débarquez ici en 1997 en provenance de Saint-Étienne à l’âge de 20 ans seulement. Racontez-nous comment se passe votre arrivée…

L'arrivée a été plutôt facile parce qu'il y avait plusieurs joueurs de la même génération que moi, avec qui j’étais en équipes de France de jeunes, à l’image de Titi (Henry), David (Trezeguet) ou encore Philippe (Christanval). L’acclimatation a donc été aidée par la présence de ces joueurs-là. Nous avons ensuite remporté le Trophée des Champions quelques semaines après. Arriver dans un nouveau club et gagner un premier titre est toujours marquant et important.

Un jour, j'ai vu jouer Willy avec les Espoirs aux Baléares. On cherchait un défenseur central mais ce jour-là, il jouait à droite. J’ai souvenir de ce match et je me suis dit qu’un défenseur qui ne tacle pas, il n’y en a pas beaucoup et il sortait quand même avec le ballon. Il était dans l’élégance.

Jean-Luc Ettori

Vous participez à l’épopée en Ligue des Champions quelques mois plus tard. Quels moments vous ont le plus marqué durant cette campagne ?

Moi qui arrivais de Saint-Étienne, c'était un niveau complètement différent, c'était donc un apprentissage express. Mais il y avait un super groupe de joueurs, un super staff avec Jean-Luc (Ettori), Claude (Puel) ou Jean (Tigana)... Tout était fait pour intégrer les petits jeunes et les nouveaux en règle générale, avec la présence également d’Ali Benarbia et Franck Dumas, qui étaient en quelque sorte les papas du groupe.

Racontez-nous la folie sur le but de la qualification de David Trezeguet à Old Trafford face à Manchester…

Je revois bien son but et sa magnifique frappe qui nous permet de mener 1-0. On se fait égaliser mais comme on avait fait 0-0 à l’aller, nous sommes passés parce qu’il y avait encore la règle du but à l’extérieur. On a réussi à se qualifier comme ça et si ma mémoire est bonne, le match a eu lieu le 18 mars, qui est la date de mon anniversaire. Cette qualification avait donc une saveur particulière ! Je ne saurais pas dire si les Anglais nous avaient pris vraiment au sérieux mais de notre côté, on avait fait notre match et c’était le plus important.

En 1999-2000, vous êtes ensuite sacrés champions de France avec Claude Puel à la manette. Quel souvenir gardez-vous de ce titre ?

Si ma mémoire est bonne, la saison 1999-2000 est celle où le Club avait fait venir quelques joueurs sud-américains comme Marcelo Gallardo et Rafael Marquez qui avaient donné une belle dimension à notre équipe. Sans oublier Marco Simone qui était également présent. C’était une superbe année même si on a ce petit regret de s’être fait éliminer rapidement en Coupe d’Europe parce qu’avec l’équipe que l’on avait, on aurait pu aller beaucoup plus loin.

Est-ce l’une des meilleures équipes dans lesquelles vous avez évolué ?

C’était une très belle équipe et c’était l’une dans laquelle j’ai pris le plus de plaisir à évoluer, c’est certain ! Avec le staff, cela se passait bien même si Claude (Puel) débutait sa carrière d’entraîneur. Il y avait un mélange de jeunes et d’anciens qui avait très bien pris. D’ailleurs, il y avait davantage de jeunes joueurs que d’anciens, je ne garde que de bons souvenirs. Et puis, Monaco étant tout petit, nous avons pu vraiment célébrer entre nous, puis partager ce titre avec nos supporters et les gens de la ville, c’était un moment merveilleux.

Il y en avait tant ! Marco (Simone), Ludo (Giuly), Marcelo (Gallardo), Sabri (Lamouchi), David (Trezeguet) devant, Rafael (Marquez), même s’il était très jeune, il avait déjà une telle aura dans sa manière de jouer, ou encore Fabien (Barthez) aux cages. C’était une équipe où on avait l’impression qu’il n’y avait pas de faiblesse.

Willy Sagnol, sur les joueurs qui l'ont impressionné

Racontez-nous la fameuse célébration du titre dans la piscine avec le Président Campora…

On parle beaucoup des joueurs et entraîneurs qui sont passés au Club mais l’un des personnages les plus importants est le Président Campora. Il a fait tellement de choses qui font que j’ai un respect à vie énorme pour lui. (Il découvre une photo où il lui serre la main) C’était un personnage tout simplement (sourire).

De sacrés joueurs composaient cette équipe, lesquels vous ont le plus impressionné ?

Il y en avait tant ! Marco (Simone), Ludo (Giuly), Marcelo (Gallardo), Sabri (Lamouchi), David (Trezeguet) devant, Rafael (Marquez), même s’il était très jeune, il avait déjà une telle aura dans sa manière de jouer, ou encore Fabien (Barthez) aux cages. C’était une équipe dans laquelle on avait l’impression qu’il n’y avait pas de faiblesse. (Et à l’entraînement ?) (Il réfléchit) Je dirais Ludo parce qu’il allait tellement vite et avec ses petites pattes, il allait partout et pouvait te passer devant, derrière, de tous les côtés (sourire). Il était compliqué à gérer avec son centre de gravité.

Vous côtoyez aussi durant ces années Thierry Henry et David Trezeguet, dont vous suivez l’éclosion jusqu’en Équipe de France. Racontez-nous !

La cohabitation était bonne car c’était des mecs simples. Comme on se connaissait depuis les équipes de France de jeunes, on peut dire qu’on a grandi ensemble. Thierry (Henry) a ensuite pris un chemin encore plus haut, mais il y avait une vraie belle génération avec David (Trezeguet) et Philippe (Christanval). On s’est tous retrouvés ensuite avec les A, ce qui n'était pas très courant. Nous avons pu écrire une belle histoire commune. Les Monégasques ont toujours fait partie de l’histoire de l'Équipe de France. J’espère que ce sera encore le cas durant de très nombreuses années.

Un autre de France 98 faisait partie de cet effectif XXL de l’AS Monaco, un homme au caractère bien trempé, Fabien Barthez. Avez-vous des anecdotes à son sujet ?

Beaucoup trop mais elles sont inavouables ! (Rires). Fabien est l’un de mes amis proches que j’ai encore dans le foot aujourd’hui, je ne veux surtout pas trahir cette belle amitié qui dure depuis plus de 30 ans maintenant.

Willy était un garçon sérieux, il savait pourquoi il était là, il avait une vraie et bonne ambition. Il était demandeur de plein de choses, mais avec une certaine réflexion. Il prenait en effet toujours du recul pour savoir s’il avait raison ou non de me demander ça. On savait qu'il n'allait bien sûr pas rester à Monaco, mais on savait où il allait finir.

Jean-Luc Ettori

Quel rôle a eu Claude Puel dans votre carrière ?

Il a eu beaucoup plus d’importance qu’il ne le pense lui-même. Je pense que j’étais un joueur avec certaines qualités mais il me manquait de la rigueur et de l'agressivité. C'est lui qui m’a fait prendre conscience de ça. Juste après le titre, je signe au Bayern Munich et sans ce passage à ses côtés, mes débuts en Allemagne auraient été beaucoup plus difficiles, je pense. Il m’a énormément aidé.

Que retenez-vous de votre passage à l’AS Monaco ?

Je ne vais pas être très original mais je vais dire les titres parce que quand on est joueur de foot, on joue pour en remporter. Le titre de champion de France 2000 a été le couronnement de mes trois années ici mais ce que je retiens aussi est le fait que c’était toujours fluide à l’intérieur du Club ! Il n’y avait jamais de problème, on était toujours bien traités et respectés, je pense que c’était l’une des clés sous l’ère Campora parce qu’il y avait un respect avec les individus qui s’est perdu avec le temps à l'échelle de la société. Tous les jours, chacun avait la banane à l’idée d’aller à l’entraînement, ce n’est pas courant.

En parlant d’entraînement, quel souvenir gardez-vous de la Turbie ?

Je me rappelle évidemment des algécos. Je ne dirais pas que c’était une source de motivation supplémentaire mais en tout cas, on ne pouvait pas tomber dans le confort. C’était toujours marrant, on n’avait que deux douches qui fonctionnaient, donc quand les 30 joueurs voulaient en prendre une, il fallait attendre. C’est une autre époque, incomparable à aujourd’hui.

Qu’est-ce que ce club représente dans votre parcours ?

L’AS Monaco m’a mis le pied à l’étrier et m’a fait franchir des étapes importantes en me faisant confiance d’entrée malgré le fait que j’avais 20 ans à mon arrivée en 1997. Former des jeunes fait vraiment partie de l’ADN du club. En contrepartie, j’ai essayé de leur rendre la pareille sur le terrain. Quand je suis parti de Saint-Étienne, j'avais plusieurs opportunités mais Monaco me semblait plus à même à m’emmener là où je voulais aller.

Je n’ai donc aucun regret si ce n’est celui de ne pas avoir disputé une Ligue des Champions supplémentaire avec la génération que l’on avait. Cela fait partie du foot. Le Club a pris le temps de me faire grandir, il n’y avait jamais de pression démesurée. Quand tu es jeune, c’est important de ressentir la confiance de l’institution. Je sentais beaucoup de bienveillance de la part de tout le monde.

Vous sortez d’une belle expérience en Géorgie où vous avez qualifié le pays pour la première fois à un Euro. Que retenez-vous ?

De mes expériences de joueur à Saint-Étienne, Monaco ou au Bayern, celle-ci en Géorgie a été la plus difficile parce que c’était un monde, un mode de vie et un niveau totalement différents. On manquait de tout mais j’ai eu de la chance, comme un peu ici, parce que la fédération m’a laissé du temps pour mettre en place ce que je voulais faire, avec les succès que l’on a eus derrière. C’était très dur mais c’était une expérience très enrichissante. On a pu faire émerger quelques très bons joueurs mais le niveau global restait moyen, même s’il a augmenté. Dans le même temps, on a pu faire ouvrir des académies et l’accent est vraiment mis sur la formation. Les choses que l’on a pu faire développer lors des 5-6 dernières années resteront l’un de mes plus gros succès en Géorgie. J’espère que cela va profiter aux futures générations.

Quand votre vocation de devenir coach s’est-elle manifestée ?

C’est venu après ma carrière de joueur, lorsque j’étais directeur sportif de la Fédération Française de Football. A un moment donné, à force d’être au contact de tous les sélectionneurs, cela m’a redonné l’envie de retrouver l’odeur de l’herbe un peu mouillée et surtout, si je voulais bien faire mon métier, il fallait que je sache de quoi ils me parlent. J’ai donc commencé à passer mes diplômes quand j’étais à la Fédération et je crois que cela m’a ramené là où je voulais être.

L'AS Monaco, pendant des années, a eu la chance d'attirer ce genre de joueurs, qui étaient à polir et à faire évoluer. On aurait aimé que tous restent 10 ans au Club, on aurait peut-être eu des Ligues des Champions, mais ce n’est pas possible. Il fait partie de ces joueurs qui avaient de vraies certitudes, on savait qu’il n’allait pas disjoncter.

Jean-Luc Ettori

Vous êtes-vous inspiré de certains entraîneurs que vous avez pu côtoyer durant votre carrière ?

Oui, de Claude Puel sur certaines choses, notamment l'exigence, même si les générations changent et qu’on ne peut pas être autant exigeant avec les jeunes d’aujourd’hui, comme Claude pouvait l’être avec nous, 30 ans en arrière. Il faut donc s’adapter. J’ai également retenu une phrase de Jean-Luc que je dois sortir tous les jours ou presque à mes enfants. Un jour, quand il m’a offert un café à l'aéroport de Nice, il m'a dit alors que je voulais payer : "Non, non, c'est moi qui paye, je ne veux pas mourir le plus riche du cimetière." C'est une phrase qui m'est restée et je leur ai dit des milliers de fois à mes enfants ! Je leur disais toujours : "C'était Jean-Luc qui me disait ça : il ne faut pas mourir le plus riche du cimetière". Le but est en effet de se nourrir de toutes les rencontres, bonnes ou mauvaises. Que ce soit Claude ou Jean-Luc, ce sont de belles rencontres.

Crédit Photo Une : Icon Sport

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