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Carnet 30 mars 2022, 11:45

Edouard Cissé : "Didier Deschamps m’a convaincu de venir en 5 minutes"

Edouard Cissé : "Didier Deschamps m’a convaincu de venir en 5 minutes"
Avant le choc de la 27e journée de Ligue 1 entre l’Olympique de Marseille et l’AS Monaco, l’ancien milieu de terrain monégasque, finaliste de la Ligue des Champions en 2004, avait accepté de revenir en détails sur son passage en Principauté. Retour sur cet entretien, en ce jour où il fête ses 44 ans.

Il a vécu l’une des plus belles saisons de l’histoire de l’AS Monaco. Arrivé en prêt au pied du Rocher pour l’exercice 2003-2004, Edouard Cissé est reparti sans titre, mais avec une famille et des étoiles dans les yeux. Conscient d’avoir participé à construire une génération de supporters des Rouge et Blanc, il n’en reste pas moins humble par rapport au passé d’un « grand club », avec lequel il ne garde que de très bons souvenirs. Toujours aussi généreux et entier, l’ancien milieu de terrain de l’OM et du club de la Principauté, actuellement consultant sur Prime Video s’était confié en longueur avant le choc de la 27e journée de Ligue 1. A consommer sans modération…

Bonjour Edouard. Pour commencer, peux-tu nous rappeler le contexte de ton arrivée ?

Je ne suis pas venu à Monaco pour faire du tourisme ! A l’époque je sortais d’un prêt à West Ham, alors que j’appartenais au Paris Saint-Germain. Didier Deschamps m’appelle, pour me dire que j’ai les caractéristiques et le profil pour m’intégrer à son effectif, si j’ai l’envie de le rejoindre. C’est allé très vite, son discours était très clair, et je crois que le coup de fil a duré entre trois et cinq minutes. Il avait été très honnête avec moi, et c’était probablement la première fois que cela se passait comme ça avec un coach. Ça m’a beaucoup plu, et j’ai tout de suite dit oui.

On ne s’attendait clairement pas à atteindre ce niveau-là collectivement, et à développer ce football, en allant si loin en Ligue des Champions tout en déplaçant des montagnes. Et puis à prendre autant de plaisir !
Edouard CisséAncien milieu de terrain de l'AS Monaco

Tu n’es resté qu’un an au Club, et pourtant quelle année ! Une des plus belles saisons de l’histoire de l’AS Monaco…

Peut-être. Mais c’était surtout en rapport avec l’équipe qu’on était, des « Underdogs » ! Nous étions tous des outsiders, des revanchards, un petit peu fous, et finalement on jouait avec insouciance. Après il y a eu de très belles générations avant nous, qui ont été championnes de France et demi-finalistes de coupes d’Europe. Des équipes qui avaient certainement plus de maturité que la nôtre.

Il y avait une sacrée ambiance entre vous…

Quand tu vois que Pat’ Evra faisait le zouave, que Jérôme Rothen chambrait tout le temps, que Ludo Giuly était un farfadet, et en même temps notre capitaine et leader… Sur le papier, en début de saison, tu ne t’attends pas à faire une telle année ! Même si tu as beaucoup d’ambition malgré tout, parce que Didier avait compris son équipe, il l’a façonné, et nous a communiqué son envie de gagner. Mais on ne s’attendait clairement pas à atteindre ce niveau-là collectivement, et à développer ce football, en allant si loin en Ligue des Champions tout en déplaçant des montagnes. Et puis prendre autant de plaisir ! Cela fait bientôt 20 ans, et quand on se voit on est toujours autant potes et liés par cette épopée.

Est-ce que ce n’est pas cet esprit de famille qui a construit ce parcours exceptionnel ?

C’est pour ça aussi qu’il y a autant de personnes qui aiment l’AS Monaco de cette période-là. Nous étions « monsieur tout le monde », des jeunes fous, bons au foot, mais qui s’entendaient surtout très bien et qui ne se prenaient pas au sérieux. Même les journalistes venaient toujours faire des interviews, parce qu’on ne refusait jamais. Pat’ Evra et Jérôme Rothen ne machaient pas leurs mots, nous n’étions pas bridés en termes de communication. Didier Deschamps nous disait juste : « Vous dites ce que vous voulez, mais vous êtes responsables de votre communication et derrière il faut assumer ! ». C’était un groupe uni, et dans lequel régnait une certaine franchise. Si on avait quelque chose à se dire, on se le disait. Cela faisait du bien d’être honnêtes entre nous. Même Ludo, notre capitaine, on lui faisait comprendre quand il était nul.

Quand on perd Shabani, derrière tu as Dado (Prso) et Nando (Morientes), qui font une saison de dingue. Contre La Corogne on ne s’est pas posé la question de savoir comment on allait faire. Résultat, Dado met quatre buts et on gagne 8-3 !
Edouard CisséFinaliste de la Ligue des Champions 2004

Surtout, lorsque l’un d’entre vous était remplaçant, il ne se plaignait pas…

La force de ce vestiaire, c’est que celui qui était remplaçant voyait que le titulaire faisait le boulot. Et s’il ne le faisait pas, il sortait ! Quand tu n’étais pas bon, Didier te remplaçait direct, et tu ne pouvais pas faire la gueule. Et quand tu revoyais le match, tu te disais que c’était logique et qu’il n’y avait pas à discuter. La compétition était saine et logique, et le gars qui rentrait, il apportait une plus-value. Avec le recul, il a construit un groupe avec des jeunes joueurs qui étaient peu connus à l’époque, mais qui sont tous devenus internationaux et des leaders dans leurs équipes.

A quels joueurs penses-tu en particulier ?

Jaroslav Plašil par exemple. J’ai revu il y a peu le quart de finale retour de Ligue des Champions contre le Real Madrid, et au milieu tu avais Jaro et Jérôme Rothen avec moi. A l’époque c’était un jeune joueur qui sortait du centre de formation, et au final il a du finir avec une soixantaine de sélections avec la République-Tchèque (103 sélections et 7 buts, ndlr). Il y avait aussi Andréas Zíkos et Lucas Bernardi, des joueurs avec un fort caractère. Dado Pršo, Shabani Nonda, Ludo Giuly, Gaël Givet, Toto Squillaci… tous ont été internationaux ! Hugo Ibarra aussi qui était une sommité à Boca Juniors, Flavio Roma qui avait une certaine stature. Quand un joueur était forfait, il était remplacé par un élément aussi fort. En Ligue des Champions, nous n’avons jamais eu peur de démarrer avec des absents au coup d’envoi.

Pourtant il y a eu des événements importants, notamment la grave blessure de Shabani Nonda en début de saison…

Quand on perd Shabani, derrière tu as Dado (Prso) et Nando (Morientes), qui font une saison de dingue. Contre La Corogne on ne s’est pas posé la question de savoir comment on allait faire. Résultat, Dado met quatre buts et on gagne 8-3 ! Si tu regardes bien, chaque joueur a eu son importance à un moment donné de la saison, que ce soit en championnat ou en Ligue des Champions.

Parles-nous du rôle qu’a joué Andréas Zíkos dans le vestiaire.

Akis, c’était un taiseux ! Il s’en foutait de la presse, il faisait son match et il rentrait. Pendant un mois et demi il restait dans son coin, et je pensais qu’il me faisait la gueule. Et au final j’allais boire des bières avec lui. Il me disait : « Tu sais Edouard, j’ai 28 ans, pour moi le foot c’est important, mais je fais mon boulot, l’équipe gagne et je passe à autre chose. C’est pas parce que la presse dit que t’es super fort qu’il faut le croire ». D’ailleurs, Didier m’avait dit de lui : « Tu verras, c’est un joueur très important qui assure l’équilibre de l’équipe, qui accepte de laisser la lumière à d’autres joueurs, et qui fait son travail ». On avait quatre ans de différence, mais je me suis beaucoup inspiré de lui, car c’était un taiseux mais bon vivant. Il avait une bonne descente (sourire) ! Il était différent de Lucas, qui était quelqu’un qui gueulait beaucoup sur le terrain. J’ai beaucoup appris d’eux.

Dans cette équipe, quels sont les joueurs qui t’ont le plus marqué techniquement ?

(Sans réfléchir) Fernando ! Parce que c’est celui qui avait déjà connu le haut niveau. On aspirait tous à atteindre ce que lui avait déjà connu, c’était lui notre référence. Quand il est arrivé pour son premier entraînement, on pensait qu’on était des bons joueurs. Mais je peux te dire qu’on a tout de suite vu la différence. Au niveau du toucher et de la prise de balle, de l’élégance, son timing aérien… et techniquement c’était très fort. Mais il avait surtout beaucoup d’humilité ! Il venait du Real Madrid, s’habillait tout le temps en survêtement sans rechigner, ne la ramenait pas. Il ne disait jamais un mot plus haut que l’autre dans le vestiaire, alors que c’était une figure du meilleur club du monde. Quand il s’entraînait, il faisait très très mal. Tu lui donnais n’importe quel ballon, il le bonifiait.

Avec Nando, vous n’êtes restés qu’un an, et pourtant vous avez gardé un attachement particulier avec l’AS Monaco. Comment l’expliques-tu ?

La Ligue des Champions ! Combien d’équipes sont allées en finale de C1 ? Quand tu retires Barcelone, le Real Madrid, le Bayern Munich… Jusqu’à il y a peu, nous étions la seule équipe française, en dehors de l’OM en 1993, à avoir atteint ce niveau de la compétition ! Ça marque, forcément. Même un grand joueur comme Fernando, qui l’avait déjà gagné trois fois je crois avec le Real Madrid, l’a été. C’est la compétition reine. D’ailleurs, Didier nous le dit à la fin du match contre Porto : « Les gars, arrêtez d’être déçus, vous avez marqué l’histoire ! ».

Quand tu vois qu’il a fallu 18 ans pour voir une autre équipe française atteindre cette finale, tu prends conscience de tout ça. Il y a tellement de grands joueurs qui n’ont pas fait de finale de Ligue des Champions ! Il y a peu de temps, je discutais avec Thiago Silva qui me disait qu’il avait dû attendre 35 ans pour y aller et la gagner. Pourtant c’est un super joueur. Quand tu as la chance de vivre ça, c’est dingue. Le Real Madrid des Galactiques, Chelsea en demie, et même la finale, où tout le monde te regarde. C’est un peu comme une finale de Coupe du Monde. Ça restera gravé, et c’est pour ça qu’on est encore tous soudés, car nous n’étions pas bâtis pour transmettre autant d’émotions. Comme quoi tout est possible dans le football !

Justement vous avez construit une génération de supporters de l’AS Monaco, qui est aujourd’hui suivi partout en France…

Je ne sais pas si c’est grâce à nous, mais ce que je peux te dire c’est que tous les fans du Club que je croise, me parlent toujours de cette saison-là. C’est assez drôle et beau à la fois ! Certains sont devenus supporters de l’AS Monaco grâce à cette période. C’est flatteur, même s’il ne faut pas réduire l’histoire du Club à cela. Il y a le titre de 2017, et même avant nous, il y a des joueurs magnifiques qui sont passés et qui sont devenus champions et qui ont fait des demi-finales de coupes d’Europe. Il faut toujours se souvenir de l’histoire, c’est important.

Ludo Giuly ne s’entraînait pas parfois la veille du match ou le jour-même. Il ne faisait pas de réveil musculaire. Il disait que ça le fatiguait. La première fois, on s’est regardé et on s’est posé la question. Et il nous répondait : "C’est bon, c’est vu avec le coach, je ne m’entraîne pas !". Didier était ok, mais il prévenait : "Ok il ne s’entraîne pas, mais s’il est mauvais ce soir, il dégage".
Edouard Cissé

Qu’est-ce qui fait que c’est un club à part, selon toi ?

Ce que j’aime déjà ici, c’est la tranquillité. Et puis le Stade Louis-II au pied du Rocher, quand il fait soleil, c’est magnifique. Le centre d’entraînement de La Turbie aussi, c’est super beau et c’est unique ! Ensuite quand je suis arrivé ici, on m’avait dit : « Tu verras, ce sont les joueurs qui connaissent le nom des supporters, et pas l’inverse ». Et en fait, on s’est rendu compte que dès qu’on a commencé à faire de belles choses, il y avait beaucoup de monde qui venait nous voir jouer. On avait à la fois la douceur de vivre, et la ferveur qu’il fallait. Je n’ai que des très bons souvenirs. C’est un club qui est bâti pour faire de très belles choses.

As-tu des anecdotes de vestiaire à partager pour finir ?

Elles sont déjà toutes connues je pense ! Quand Didier pousse un coup de gueule trois jours avant la finale, en nous disant : « Vous pensez déjà à mercredi ! ». Après il y a Ludo Giuly, qui parfois ne s’entraînait pas la veille du match ou le jour-même. Il ne faisait pas de réveil musculaire. Il disait que ça le fatiguait. La première fois, on s’est regardé et on s’est posé la question. Et il nous répondait : « C’est bon, c’est vu avec le coach, je ne m’entraîne pas ! ». Didier était ok, mais il prévenait : « Ok il ne s’entraîne pas, mais s’il est mauvais ce soir, il dégage ». Il n’a jamais été mauvais au final ! On a tous compris que le plus important était qu’il soit performant le soir. Ce sont des anecdotes qui dans certains groupes aujourd’hui ne passeraient pas. Mais nous on avait accepté. Tout le monde se chambrait, il n’y avait pas de statut de star.

Et avec le staff ?

Sinon il y avait Jeannot Petit qui nous disait parfois après une petite victoire ou un entraînement où on faisait trop les beaux : « Un grand perdant aujourd’hui, le football ! ». Et il partait… C’était extraordinaire ! Antonio Pintus aussi qui nous disait (avec l’accent italien) : « Les gars, on va faire le petit travail, juste dix minutes ». Au final il nous tuait et nous faisait faire ce qu’il voulait ! Quelle belle année…

Rise. Risk. Repeat.

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