Un vrai Monégasque né au pied du Rocher ! Actuel coach du groupe U19, Frédéric Barilaro travaille au sein du centre de formation de l'AS Monaco depuis plus de 30 ans, et a façonné de nombreux grands joueurs en Principauté. À l’occasion du 50e anniversaire de l’Academy, l’homme de 57 ans a accepté de revenir sur son long parcours au Club. Entretien 🎙️
Bonjour Frédéric. Que vous évoque ce 50e anniversaire de l’Academy, et quels sont vos meilleurs souvenirs ?
À Monaco, la formation a toujours été très importante, et aujourd'hui, ces 50 ans m’évoquent beaucoup de souvenirs. Quand j'étais joueur, je suis arrivé à l’Academy à l’âge de 17 ans. J’ai donc fait ma formation pendant 5-6 ans et puis j'ai eu la chance de devenir éducateur au Club. J’ai commencé par l'Association, puis j'ai surtout travaillé avec les pionniers de la formation, que ce soit Gérard Banide, Pierre Tournier, ou encore Paul Pietri... ce sont des gens qui m'ont énormément marqué !
Au centre de formation, lorsque j'étais blessé, je me rappelle que Pierre Tournier, justement, me prenait souvent un peu comme son assistant. C'est donc lui qui m'a donné la passion de ce métier. Après, bien entendu, j'ai travaillé avec Paul Pietri, que j'avais eu quand j'étais poussin et minime, j'étais donc très, très jeune. Ensuite, j’ai pu collaborer avec lui quand j'ai commencé à entraîner les 15 et les 17 ans. Aujourd'hui, il ne faut pas oublier le passé et ces gens-là parce que ce sont vraiment eux qui ont mis la formation en place à Monaco.
J'ai été séduit par toutes ces générations, que ce soit à l'époque de Gérard Banide ou encore Arsène Wenger... j'ai vu des super joueurs évoluer à Monaco. À la formation, lorsque que j'étais ramasseur de balles, j'ai vu des Manu Amoros, Bruno Bellone... et forcément ça marque.
Frédéric Barilaro sur l'ADN du beau jeu monégasque
En quoi la formation de l'AS Monaco est-elle singulière selon vous ?
Déjà parce que c’est le paradis ici ! Je pense que tous les gamins de France aimeraient évoluer à Monaco car dans la formation monégasque, tu disposes d’un endroit paradisiaque où tu peux te construire tranquillement et où tu n'as pas trop de pression. En plus de ça, on a une scolarité de qualité, et c’est ce que les parents recherchent à la base : mettre leurs enfants dans un endroit où ils vont pouvoir s'épanouir à leur rythme.
Former des hommes est-il aussi important que de former des joueurs ?
Évidemment ! Je me rappelle que Pierre Tournier disait qu'avant de faire des joueurs de football, il faut faire des hommes. Et les garçons qui réussissent au haut niveau, ce sont tous de bonnes personnes. Je suis heureux aujourd'hui quand, de temps en temps, j’ai au téléphone des anciens du centre. Par exemple, j'ai un ami qui s'appelle Bruno Courtois qui est aujourd'hui sur Paris, et qui a réussi à ouvrir cinq boulangeries ! Donc, si on n'arrivait pas à en faire des joueurs de football, on essayait surtout d'en faire des hommes.
Comment transmettez-vous l'ADN du beau jeu à la monégasque au quotidien ?
J'ai été séduit par toutes ces générations, que ce soit à l'époque de Gérard Banide ou encore Arsène Wenger. J'ai vu des super joueurs évoluer à Monaco. À la formation, lorsque j'étais ramasseur de balles, j'ai notamment vu Manuel Amoros, Bruno Bellone... et forcément ça marque. À l’AS Monaco, on a toujours cherché des joueurs avec des gros points forts. Je me rappelle, quand j'ai commencé à entraîner, il y avait Thierry Henry, un garçon avec beaucoup de vitesse, très adroit devant le but. Après, j'ai évolué avec Lilian Thuram, Emmanuel Petit... des grosses personnalités. Manu avait un super pied, Lilian était un super défenseur qui ne doutait de rien ! Ici, on a toujours aimé le beau football !
Comment jugez-vous l'évolution de la formation entre le moment où vous avez commencé, et aujourd'hui ?
Quand j'ai démarré, il y avait 20 joueurs, on avait des jeunes de 15 à 20 ans, tous dans le même groupe, puis les effectifs ont évolué. Il y a eu la création des championnats U15 et U17, donc à partir de là, ça a amené davantage de joueurs, mais aussi de membres de staff. Quand j'ai commencé entraîneur, j'étais en effet tout seul, je m'occupais de la préparation athlétique, je n’avais pas d'entraîneur de gardien. Je me rappelle que lorsqu’un gardien était blessé, c’est un kiné présent de temps en temps qui jouait dans les buts !
Oui, lors de la Table Ronde pour lancer les 50 ans de l’Academy, j'ai revu le Président Campora pour la première fois depuis très longtemps ! Et il est vrai que j'ai des souvenirs avec lui. Par exemple, c’est lui qui m’a fait signer mon premier contrat stagiaire, mais c'est également lui qui m'a déchiré ma licence de joueur ! J'avais 25 ans, il m’a dit d'arrêter de jouer et de devenir entraîneur. À cet âge là, c'est difficile !
Frédéric Barilaro sur ses meilleures anecdotes
Parlez-nous de la Coupe Gambardella que vous avez gagné en tant que Directeur du centre de formation en 2011, puis comme entraîneur en 2016 puis 2023 ?
La Gambardella est quelque chose de spécial ! C’est une aventure humaine mais également de groupe, qui se crée au fil des matchs. J’ai toujours dit que la Gambardella appartenait aux joueurs, et ça fait toujours plaisir de la gagner parce que c’est beaucoup d'émotions. Je pense que, même pour les gamins, ça reste quelque chose gravé toute leur vie. Remporter cette compétition est également très important pour la formation, puisqu'après ces titres, on a toujours eu des joueurs qui ont ensuite pu évoluer au plus haut niveau.
Avez-vous des anecdotes qui vous reviennent après ces longues années au Club ?
Oui, lors de la Table Ronde pour lancer les 50 ans de l’Academy, j'ai revu le Président Campora pour la première fois depuis très longtemps ! Et il est vrai que j'ai des souvenirs avec lui. Par exemple, c’est lui qui m’a fait signer mon premier contrat stagiaire, mais c'est également lui qui m'a déchiré ma licence de joueur ! J'avais 25 ans, il m’a dit d'arrêter de jouer et de devenir entraîneur. À cet âge là, c'est difficile !
J’ai une seconde anecdote lorsque j'ai pris la réserve. J'avais 30 ans et la première saison, je me rappelle qu'on perd le premier match, un Derby contre Nice, puis juste après on perd à Villefranche-sur-Saône. Dans la semaine, il arrive à La Turbie comme d'habitude et quand je lui dis bonjour, il me demande ce qu'il se passe. C’est assez effrayant parce qu'il faisait peur à tout le monde ! Je lui ai répondu que les pros qui descendaient n'étaient pas très motivés. Il m'a alors répliqué que c'était mon rôle de les motiver. C’est quelque chose qui m'avait marqué.
Pour conclure, pourquoi surnommez-vous vos joueurs, les "Pink Floyd" ?
Alors ça, c’est une très bonne question ! J'étais jeune joueur et je jouais en troisième division. Un jour, on va jouer à Nice, et il y avait José Touré qui était avec nous. Et lui, pour moi c’était quelqu'un, c’était le "Brésilien" du football français ! Je crois qu'on perd 1-0 et à la fin du match, il dit qu'on avait vraiment "une équipe de Pink Floyd". Ca m'avait marqué ! Ensuite, j'ai toujours dit aux joueurs à l'époque : "Ça va les Pink Floyd ?" (rires). Donc ça m'est resté gravé et je m'en suis servi par la suite avec les jeunes. Je pense que ça a marqué beaucoup de gamins et de générations !
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F. BARILARO